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Gilles Legardinier : un homme VRAI

9h 57. Devant l’entrée principale du BHV, Gilles Legardinier se présente sac à dos et sourire aux lèvres. Rue du temple, il choisit une brasserie typiquement parisienne aux banquettes ocres. L’écrivain commande une orange pressée et un café. Il rit. Il caresse d’un geste affectueux son dernier livre « j’ai encore menti » posé sur la table. Monsieur Legardinier retire sa veste et la parenthèse se crée…Dans cette énergie matinale, il se confie sur son parcours, ses romans, sa croyance en l’Homme et son amour de la vie. Propos recueillis par Mariesansfiltre.fr.

Ses premiers jours de vie ressemblent à l’incipit d’un roman de Victor Hugo. Abandonné à la naissance devant la porte d’une chapelle du 6ème arrondissement de Paris, Gilles Legardinier est adopté par des parents « merveilleux ». Il affirme sans la moindre provocation qu’il a eu une enfance très heureuse: « je pense plus heureuse que beaucoup d’enfants naturels. Je suis d’une nature qui va vers l’avant et qui ne regarde pas en arrière. ».
Il choisit son premier métier, pyrotechnicien pour le cinéma, car c’est pour lui l’art le plus accessible. Très vite, il se rend compte que l’émotion n’éclôt pas sur les plateaux mais de l’écriture. « L’écriture est le moyen le plus intime d’accéder à l’émotion. » assure t-il. Il aime observer et écouter les gens. Il se dit en quête incessante : « je suis sans arrêt à me demander comment on pourrait faire pour que les choses soient plus jolies, plus drôles ». Il invente sans cesse des histoires, n’importe où avec n’importe qui. Le regard baigné d’une fierté presque enfantine, il confie dormir 5h par nuit et écrire tous les jours de 3 à 7 h du matin. Chaque jour, il commence par écrire : « Après, je suis disponible pour vous, pour la vie. J’ai fait ce que je préférais d’abord ». Il aime rire, inventer des histoires, alors il écrit. Il crée des histoires pour que les gens aillent mieux, tout en leur parlant de choses réelles. Et même dans « le Premier Miracle » (2017), roman qui pourtant se situe bien loin du quotidien, l’auteur retrouve ses thèmes favoris: la liberté, la responsabilité, les affaires que l’on tait et celles qu’on fait croire. L’homme le confirme : « j’essaie de distraire les gens sans les éloigner trop d’eux mêmes.»
Pour lui, l’individu est multiple. Ses histoires ne sont pas des recettes, des rouages qu’il assemble dans l’air du temps. Avec sa plume, Gilles Legardinier démontre qu’un auteur ne doit pas être à l’écoute de ce qui se passe à l’extérieur. Il doit être profondément à l’écoute de lui-même et essayer de le restituer le plus joliment possible. Il s’amuse : « ce qui donne naissance aux choses doit être spontané, et après il y a du travail. J’ai des émotions brutes, je travaille pour qu’elles soient claires et compréhensibles ».

Le Lien à l’autre comme essentiel…

Lorsqu’on l’interroge sur la colère des Français en cette fin d’année 2018, Monsieur Legardinier répond qu’il croit en l’Homme. Selon lui, il y a les choses telles qu’elles sont et telles qu’on les montre. Tous les jours, grâce à ses livres, le romancier reste en contact avec des vrais gens. Qui ont des problèmes. Qui vont mourir. Qui perdent un enfant. Qui divorcent ou qui ont des grandes difficultés d’emploi. « Je vois chez les individus sans arrêt la capacité de réaction, la capacité de bonté, la capacité de se défoncer pour ceux qu’ils aiment », expose t-il avec passion. « Le reste qu’on nous montre, qu’est-ce que j’en ai à faire ? Une nana dans laquelle il y a plus de plastique que dans une Volvo… Ce n’est pas la vraie vie ».
Pour lui, la négation de la vie, c’est la solitude. L’homme n’est pas fait pour vivre seul. Malgré cette époque qui isole et divise, l’artiste croit en l’Homme et aux rencontres. Il est rieur, émotif, affectueux, et pertinent. Percutant aussi. Il le dit une seconde fois, il ne veut pas être seul: « Sur une île déserte la noix de coco devient mon meilleur ami. J’ai besoin de cette vie, de cet échange pour arriver à fonctionner ».

Des livres pour parler au coeur…

« Où que vous soyez, quelle que soit l’heure, je vous embrasse » conclut toujours Gilles Legardinier dans ses romans. Comme au théâtre, l’auteur a pris l’habitude de saluer et remercier son public. « Bonne soirée! Vous ne rentrez pas chez vous. C’est vous qui m’emmenez partout », se délecte-t-il. Dans ces adresses aux lecteurs, le romancier livre des anecdotes personnelles. Il aime partager. Les gens qui le lisent, apprennent à le connaître. Ses livres lui ressemblent : ils sont sincères. « A chaque fois, il y a une vraie rencontre, une vraie proximité et on peut parler très vite des choses essentielles », puis il ajoute : « on parle de la vraie vie et des vrais sentiments ».
Il en est sûr : les émotions ne sont pas oubliées par les gens qui les vivent et les ressentent. Il concède que la littérature française est très nombrilisme. « Ils leur arrive un truc. Ils l’écrivent et ils se soignent au frais du lecteur », taquine t-il. « Verne n’était pas le capitaine Nemo! Mais le job d’un auteur est de se glisser dans la peau de son personnage et d’essayer le comprendre ». Gilles Legardinier est tout terrain: il se glisse dans la peau des femmes, des vieux et même des chats. Aujourd’hui, il le sait, la plupart des médias sont là pour vendre, et les prix littéraires une façon de fonctionner. « Si j’étais un prix, je serais celui du public. Je suis un enfant du bouche à oreille, non celui d’une machine médiatique », lance t-il sans la moindre hésitation. Il écrit pour les gens qui ressentent, non pour ceux qui jugent et calculent. « Ce ne sont pas les mêmes mondes. On ne fait pas les mêmes livres ». L’homme, qui a vendu plus de 5 millions de livres, exprime toute sa chance d’avoir trouvé son public et d’aimer les gens pour qui il écrit. L’homme au regard vif aime le vrai : les vrais fous rires, les vrais regards, les vrais émotions…Il est catégorique: « Vous me verrez toujours plus heureux à faire du vélo avec mes potes et mes enfants. Plutôt que d’aller traîner dans les soirées mondaines où les gens font tous semblant. Ce n’est pas ma vie. Je ne suis pas cela ».

Un amoureux de la vie…

Plus de vingt ans d’écritures, de nombreux romans hétéroclites, des thrillers, des comédies sentimentales, Gilles Legardinier n’a aucune limite. Il le prouve à chaque fois, la littérature est l’espace de l’imagination. Plein de sagesse, il énonce : « tout l’enjeu de la vie est d’échapper aux étiquettes et aux clichés qu’on vous colle pour gagner un semblant de liberté et trouver le moyen d’être vous même ».
Il est avide de liberté. Il a soif de vie. « Qu’est-ce qu’on sera dans dix ans ? Tant qu’on est en vie, on n’arrête pas les compteurs. Il faut rester gourmand de la vie ».

Midi. Dehors,Paris s’agite. Peu à peu, l’instant se rompt… « On va laisser faire le flot et essayer de nager dedans correctement », finit Gilles Legardinier en regardant la foule sur les trottoirs. On se sépare finalement comme si on s’était toujours connu. Il repart en promotion pour son dernier ouvrage paru en cette fin d’année, « J’ai encore menti ». Il confie en avoir encore deux en préparation. Il sourit, heureux de regagner la folle course de la vie, et tout l’inattendu qui l’attend. Rue du temple, les passages piétons sont couleurs arc-en-ciel. Comme un livre de Monsieur Legardinier. Au ciel, le soleil brille…

 




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