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Vous allez nous manquer Karl…

Il s’en est allé. Le soleil scintille sur Paris et une nouvelle étoile s’allume au ciel. Mardi 19 février 2019, Karl Lagerfeld tire sa dernière révérence à l’hôpital de Neuilly. « Le Kaiser de la mode » emporte avec lui son génie et son mystère. C’est le temps des adieux. Mais, avant de laisser s’envoler le maître, entre deux lumières, on s’imagine l’ultime rencontre. Au revoir Karl et merci…

Monsieur Lagerfeld est assis dans le salon privé d’un palace parisien. Vêtu d’un costume Dior Homme dessiné par Hedi Slimane, il caresse nonchalamment son chat, Choupette. On ne voit jamais les yeux du maestro dissimulés par de larges lunettes noires. « Mes lunettes, c’est ma burqa à moi » s’amuse t-il malicieusement. Ses mains sont gantées et serties de discrets bijoux. Il rit et derrière le masque, l’histoire se dévoile.
Karl Lagerfeld est élevé par une mère prussienne autoritaire et castratrice. A demi-mot, il compte l’anecdote du piano. Enfant, il apprend à jouer. Un jour, sa mère lui rabat violemment le couvercle sur les doigts en lui ordonnant de dessiner. « Elle avait raison. » avoue t-il.
C’est en 1954 et avec sa mère qu’il s’installe à vingt ans dans la ville lumière. Fils d’un homme d’affaires scandinaves, il pose ses valises dans un hôtel particulier, quai Voltaire. Le monde de la mode parisienne s’ouvre à lui. Il remporte le premier prix du concours du « secrétariat international de la laine » ex-eaquo avec celui qui deviendra son meilleur ennemi, Yves Saint Laurent. Pierre Balmain qui fait partie du jury, remarque les talents du jeune designer et le recrute comme assistant. Très vite, tout s’enchaine pour Karl Lagerfeld. Il devient directeur artistique chez Jean Patou. Il crée des vêtements pour Chloé en 1963 et Fendi en 1965.

Et il rencontre la maison Chanel. Leur histoire d’amour débute en 1983 lorsqu’il est nommé directeur artistiques des collections Haute couture, prêt-à-porter et accessoires. Il donne un second souffle à la luxueuse marque qui risquait la fermeture. « J’ai gardé l’esprit Chanel, mais je lui ai donné un petit côté up to date ! » confie-t-il. Au fil de son inspiration, le créateur réinvente les codes de la marque créés par Gabrielle Chanel: la veste et le tailleur, la petite robe noire, les tweeds précieux, les souliers bicolores, les sacs matelassés, les perles et les bijoux fantaisies…

Karl Lagerfeld l’affirme : « CHANEL, c’est une idée, qu’on peut réinterpréter indéfiniment. ».

Tout en buvant son thé, l’homme raconte sa folie créatrice. Il s’enthousiasme sur le physique irréprochable de son mannequin vedette, l’icône parisienne Inès de la Fressange. Karl Lagefeld est curieux. Il n’hésite pas à s’associer à Kristen Stewart, Pharrell Williams ou encore Lily-Rose Depp. L’homme n’a pas peur des défis. En 2004, il collabore avec H&M et sort une collection capsule. Ses créations déchainent les foules et les stocks sont écoulés en quelques heures. Karl Lagerfeld profite des bonheurs de la vie. Il dessine sa bouteille de coca light. Il lance une collection dédiée à son chat, Choupette. Ses défilés sont toujours plus spectaculaires: lancement de la fusée CHANEL, plages de sable fin installées au Grand Palais.

« La tendance, c’est le dernier stade avant le ringard. » assure t-il.

On le trouve où on ne l’attend jamais. En 2010, il joue le rôle de Dieu dans le clip de Jean Roch auprès de Snoop Dog. Et, il est Gilet Jaune avant l’heure. Dès 2008, Karl Lagerfeld revêt la couleur en prêtant son image à la Sécurité routière en vantant les mérites du gilet dans un spot publicitaire: « C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie. »

Il n’avait pas d’âge et tout comme la mode, Karl Lagerfeld est indémodable. Il dit de la photographie son autre grand amour, qu’elle « évoque un instant impossible à reproduire et parti pour toujours ». Ephémère. Tout comme le passage de Monsieur Lagerfeld sur notre terre. On le croyait immortel et ce soir, il nous laisse orphelin. On pense à Choupette, la célèbre héritière. « La chose la plus importante que vous devriez savoir sur moi, c’est que tout ce que vous ont dit les autres n’est pas nécessairement vrai. ».

Il s’en est allé. Ses lunettes noires sur le nez, il s’est envolé avec son mystère. On ne portera plus jamais du noir ou du blanc sans penser à lui. On se souviendra qu’« il faut rêver mais surtout vivre ». Vous allez nous manquer Karl…

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