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Déshabillez-vous ?

A l’aurore de la canicule, le week-end dernier, deux camps se forment : sur la toile, des photos de décolletés féminins marquées du #JeKiffMonDecollete et à Grenoble, des femmes vêtues de Burkinis à la piscine municipale. Laïcité, féminisme et liberté individuelle… Où donner de la tête ? 

 « Liberté, égalité, décolleté ! » lance tel un nouveau mantra, Zohra Bitan, ex porte-parole de Manuel Valls, le 21 juin dernier. L’été s’installe et la liberté des corps féminins s’instaure. Mardi 18 juin, Céline B. se fait agresser verbalement par un homme dans la rue : « c’est un décolleté de sale pute ! ». La jeune femme poste sur twitter une photo du controversé décolleté avec comme réponse à son agresseur: «  Mec, mes seins et moi, on t’emmerde bien fort tu sais. ». Suite à cet épisode, Zohra Bitan décide d’offrir une tribune à la gente féminine sous le #JeKiffMonDecollete. Dès le samedi 22 juin, de nombreux et divers décolletés apparaissent sur les réseaux sociaux, tour à tour accompagnés de messages drôles,  revendicateurs et parfois presque extrêmes : « Ma poitrine a nourri mes 4 enfants »twitte @sylvie73038686, « chaste et non-botoxed »annonce @mskopan, « Je suis une femme libre n’en déplaise à tous les pervers, à bas les théologies ou idéologies mortifères intolérantes liberticides. Les porcs se reconnaitront.» écrit encore @LolaPatriote.

L’opération  « décolleté » demeure simple : revendiquer le droit des femmes à s’habiller comme elles l’entendent sans craindre de représailles. Autrement dit, disposer de son corps, tout simplement, quel que soit son âge ou son physique. Un combat également rejoint par des hommes: florilège de torses poilus sur le net ! Le Week-end dernier, #JeKiffeMonDecollete se hisse dans le top 3 des Tendances France. Nadine Morano, femme politique française, n’hésite pas à assumer elle-aussi, son décolleté et se dit « parée pour la résistance ». L’actrice Véronique Genest prévient tous les twittos qu’il « n’est pas né celui qui lui dictera (sa) façon de s’habiller ». A l’aube de la canicule, cette réaction provient d’un ras-le-bol féminin général vis-à-vis des regards, des commentaires déplacés, injurieux, typiques du harcèlement de rue. Et il semblerait bien que la loi sur le dit harcèlement de rue de 2018 « made in » Marlène Schiappa, n’y change pas grand chose…

Deux France ? 

Il y aurait presque deux France. Pendant que certaines se dénudent, d’autres choisissent de se couvrir. Dimanche 23 juin, selon l’AFP, sept femmes vêtues de Burkinis investissent la piscine Jean-Bron à Grenoble. Ces femmes, militantes islamistes pour le collectif Alliance Citoyenne, jugent discriminatoires les règlements des piscines publiques. Rappelons qu’en France, aucune loi n’interdit le port du Burkini. Mais depuis la polémique de 2016 sur le sujet,  plusieurs maires ont pris des arrêtés pour l’interdire sur leurs plages ou dans leurs piscines municipales. Cette interdiction « restera en vigueur cet été » précise le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, à l’AFP. Il appelle à un « débat apaisé, contradictoire et méthodique ». Il demande surtout au gouvernement de « prendre position »sur cette question de laïcité et « de lever toute forme d’ambiguïté ».  L’ambiguïté demeure pourtant omniprésente : les Tee-Shirt anti-UV ne devraient-ils pas aussi faire partie du débat ?

Par média interposé dans Le Dauphiné Libéré, Marlène Schiappa offre sa réponse: « il y a un message politique, c’est couvrez-vous ! » envoyé aux autres femmes. Pour la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes, la lutte est ailleurs. « Les valeurs de la République, c’est aussi que chaque femme puisse porter un maillot de bain, sans pression d’aucune sorte (…) C’est un combat culturel qui est à mener. » revendique-t-elle. Les actions « coup de poing » du collectif Alliance Citoyenne dérangent et mènent peu à peu Grenoble dans une guérilla d’un nouveau genre. Des habitants promettent de se baigner nus si les nageuses en Burkini réapparaissent. Jeudi 27 juin, en pleine canicule, la ville de Grenoble décide de fermer ses piscines municipales par crainte de nouveaux « dérapages ». Et dimanche prochain, une nouvelle invitation à « une sortie piscine en famille » est lancée par les membres d’Alliance Citoyenne. Le prêt d’un burkini est proposé sur le formulaire d’inscription… Décolleté, burkini, poils ou nudité, la canicule n’en finit pas d’agiter les esprits !

 « La sécurité et l’hygiène. » 

« Je ne me suis battue pour ne pas être mariée de force. (…) Le burkini n’est pas une liberté car il vient de pays où le décolleté est proscrit ! » Zohra Bitan catapulte sa punchline dans les « Grandes Gueules » de RMC. Cette fille d’immigrés algériens, mariée à un « juif breton », comme elle s’amuse à le dire, se bat depuis des années pour l’intégration sociale et la laïcité en France. « Les habits religieux ne peuvent pas entrer partout : cela, c’est la règle d’un Etat laïc ! » dit-elle haut et fort. Serait-ce toujours une question de règles ? Pour «  la sécurité et l’hygiène », Marlène Schiappa et le maire Eric Piolle s’entendent et rejettent les burkinis des piscines municipales. Et il est vrai que les shorts de bain en sont également bannis…

Ces militantes d’Alliance Citoyenne estiment n’enfreindre aucune règle d’hygiène ou de sécurité. Elles assurent agir « sans aucune conviction religieuse » mais uniquement pour défendre « la liberté de toutes les femmes »Finalement, devons-nous nous déshabiller ou nous couvrir pour faire valoir notre liberté ? Laïcité, droit du corps et liberté : les frontières semblent bien fines… Et vous ? Vous déshabillerez-vous ?

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