Média & Féminisme,  Politique,  Portrait

WANTED DESERT PRINCESS !

La princesse Haya et ses deux enfants ont fui Dubaï et l’émir Mohammed Al-Maktoum pour trouver refuge à Londres. Peu à peu, l’histoire « personnelle » prend une tournure internationale. Bienvenue au cœur du désert, royaume des secrets et des princesses séquestrées. Haya ou le cri de la liberté ?

« Le calme de la nuit te leurre : le malheur viendra au matin » murmurent les contes des Milles et une Nuits. Encore un jour se lève sur le désert. Dubaï a perdu sa princesse. Il y a quelques semaines, Haya Bint al Hussein, ses deux enfants sous le bras,  fuit loin de son mari, Mohammed ben Rachid al-Maktoum, émir de Dubaï mais aussi vice-président,  premier ministre et ministre de la Défense des Emirats arabes unis. C’est la « Douche de sable » sur le golfe !

Un conte de fées pas si moderne…

Il était une fois une princesse, Haya, née à Amman en 1974. Fille d’une mère britannique et du défunt roi Hussein de Jordanie, elle grandit dans un mélange de modernité et de tradition. A l’âge de trois ans, elle vit un drame : sa mère, la princesse Alia, meurt dans un accident d’hélicoptère dans le sud de la Jordanie. Jeune femme, elle étudie la philosophie et l’économie à Oxford. Très vite, elle se lie d’amitié avec la Reine Elizabeth, le prince Charles et sa femme Camilla. Et un jour, elle tombe amoureuse… De l’univers équestre ! Elle devient alors une cavalière émérite qui représente fièrement le royaume hachémite lors de l’épreuve de show jumping au JO de Sydney, en 2000. Quatre ans plus tard, elle épouse Cheikh Mohammed et lui donne deux enfants. Princesse Haya devient sa 6ème femmes et sa descendance s’ajoute aux vingt et un premiers enfants de l’Emir de Dubaï. En 2006, elle est élue présidente de la Fédération équestre internationale (FEI) : un magnifique trophée pour Cheikh Mohammed ! En effet, à lui seul, il prend le contrôle d’un millier de pur-sang, à l’entrainement dans les haras du monde entier. Un déluge de Dirhams s’abat : les meilleurs jockeys, les plus célèbres entraineurs… Et des soupçons de dopage ! La présidente de la FEI est vivement critiquée après la mort de plusieurs pur-sang lors d’épreuves d’endurance. Pour étouffer le scandale, elle renonce à son troisième mandat. Mais aujourd’hui, le temps où la princesse déambulait, heureuse et amoureuse (ou presque), au bras de son Emir, à l’hippodrome d’Ascot n’est qu’un lointain souvenir…

« Je ne me soucie plus si tu vis ou meurs. Tu n’as plus de place dans ma vie. » Sont les derniers mots d’amour attribués à l’Emir pour son épouse, sur les réseaux sociaux, après quinze ans de mariage. Toutefois, cette déclaration enflammée n’apparaît sur aucun compte ni site officiel du souverain. Selon The Sun, la princesse Haya s’est échappé en Allemagne avec ses petits, Zayed et Jalila, 7 et 11 ans mais surtout avec 39 millions d’euros ! Tous finissent pas trouver refuge à Londres. Selon la presse britannique, « par peur d’être assassinée ou ramenée de force à Dubaï », la princesse Haya vit cloîtrée dans sa maison de Kensington Palace Gardens, the place to be pour les milliardaires de la capitale. Aujourd’hui, elle demande l’asile politique et lance les procédures de divorce. Mais alors, pourquoi la princesse s’est-elle dérobée de sa prison dorée ?

Royaume des princesses fugueuses

Son altesse Haya n’est pas la première à vouloir échapper à une vie sans doute loin d’être un conte de fées. En 2000, Shamsa Al-Maktoum, une des 23 enfants de Cheikh Mohammed, a 17 ans lorsqu’elle tente de prendre le large dans le Surrey, profitant d’un séjour en Angleterre. Quelques semaines plus tard, elle est capturée dans les rues de Cambridge par les hommes de main de son père. Elle est rapatriée au pays et… Depuis, plus rien. Shamsa a disparu des radars et demeure un des mystères du Golfe les mieux gardés. En février 2018, c’est au tour d’une autre fille de l’Emir de lever les voiles : Latifa, 32 ans, tente de fuir Dubaï avec la complicité d’Hervé Jaubert, un ex espion français. Elle essaie en vain de gagner les Etats-Unis via le sultanat d’Oman. La princesse Latifa est arrêtée au large de l’Inde et ramenée de force au palais. « Si je ne survis pas, au moins il y aura cette vidéo » alerte-t-elle dans une vidéo publiée sur youtube, visionnée plus de 2,6 millions de fois, un mois après sa tentative échouée. Elle raconte son projet d’évasion et dit être séquestrée par son père à Dubaï depuis son retour : « Il n’ y a pas de justice ici. Surtout si vous êtes une femme ». De plus, la princesse Latifa est une récidiviste… Elle a 16 ans lorsqu’elle tente une première échappée. Suite à cela, elle raconte avoir été emprisonnée pendant trois ans et même « droguée » par des médecins de l’hôpital de Dubaï « pour vaincre ses tendances à la rébellion ». Et aujourd’hui ? Silence. Aucun signe de la princesse.

Les dernières nouvelles remontent au mois de décembre 2018: les Emirats Arabes Unis diffusent une série de photos officielles de la princesse Latifa aux côtés de Mary robinson, ancienne présidente irlandaise et commissaire des Nations Unis aux droits de l’homme (1997-2002). La princesse Latifa est « une jeune femme perturbée, affectée par un sérieux problème de santé et suivie en psychiatrie » confie à la BBC, Mary Robinson, par la suite. Des déclarations qui n’apaisent pas les esprits comme l’exprime Kenneth Roth, directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme (Humain Rights Watch) : « Elles sont en somme une preuve de vie, ce qui est bien, mais ne répondent pas aux inquiétudes de l’ONU. »

Scandale « diplomatico-amoureux » !

Là serait la cause de l’exode de la sixième épouse du souverain : des amis de la princesse Haya ont assuré au quotidien britannique, The Daily Mail, qu’elle avait quitté Dubaï après avoir appris les traitements subis par Latifa. Son époux lui aurait dissimulé la réalité. Il lui aurait même fait croire qu’il aurait couru au secours de Latifa, victime d’une escroquerie. Le Times rapporte une version différente : lors d’une visite inattendue dans son manoir londonien, le Cheikh Mohammed aurait surpris sa femme avoir une certaine proximité avec un garde du corps. Il aurait été « choqué » par le comportement de son épouse et aurait exigé qu’elle retourne immédiatement à Dubaï avec lui. Elle refuse. Le couple lance les procédures de divorce.

Quelque soit la vérité, c’est un scandale « diplomatico-amoureux » qui gronde sur la cour d’Angleterre ! Si l’Emir exige le retour de sa princesse, cela pose un casse-tête diplomatique pour la Grande-Bretagne qui entretient des liens étroits avec la péninsule arabique. Sa majesté partage avec le Cheikh Mohammed l’amour des chevaux mais il est, aussi, le propriétaire de l’écurie Godolphin Stables, un des plus gros investisseurs de Newmarket, chef-lieu des courses hippiques au Royaume-Uni. Néanmoins, pour Médiapart, bien que les deux monarchies entretiennent un lien étroit, l’Angleterre ne représente pas un partenaire stratégique et économique de premier plan pour les émirats, contrairement à la France ou aux Etats-Unis sur le plan des partenariats militaires par exemple. Un dilemme s’annonce pour Londres qui cherchera à ne pas brusquer son allié émirati sans pour autant renoncer à ses valeurs : les Britanniques ne reconnaissent pas le mariage polygame.

Mille et une épreuves jusqu’à… la liberté

N’oublions pas que la princesse Haya est la demi-sœur du roi Abdallah de Jordanie. Alors du côté d’Amman, l’affaire est embarrassante. Près d’un million de Jordaniens travaillent dans les Emirats arabes unis. Le roi Abdallah sera sans doute tiraillé entre son cœur, sachant que la princesse Haya est très populaire en Jordanie, et ses responsabilités par rapport à son agenda politique et économique qui repose beaucoup sur l’Emir Al Maktoum. Le 30 juillet prochain, une audience doit avoir lieu pour statuer sur le divorce et la garde des deux enfants. Les procédures risquent d’être une nouvelle et longue épreuve pour la princesse Haya et ses enfants. En effet, pour mettre fin à une union, la loi islamique pose de nombreux obstacles. Généralement, la mère peut conserver la garde de ses enfants mais le père reste leur tuteur légal.

Toujours est-il que l’émir de Dubaï, furieux, attaqué dans son orgueil et son autorité, aura la ferme intention de ramener sa fille et son fils au pays. Les hostilités démarrent juste. Princesse du désert ! Ecoute la sagesse des contes des Mille et une nuits : « Dis à qui porte douleur, jamais ici chagrin ne dure. Avec le temps passe bonheur, avec le temps douleur ne dure ». Le conte de fées moderne n’arrive pas à écrire sa dernière phrase : La princesse Haya vécut heureuse et eut… Sa liberté ?

 

 

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *