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Parole aux étudiants: les stages d’été !

Juin, juillet, août… Les mois défilent, le soleil brille et la chaleur fatigue. Certains partent à la mer ou grimpent dans les montagnes. D’autres s’envolent pour l’étranger ou s’étourdissent dans les beachclubs de la Côte d’Azur. Et puis, il y a les étudiants bloqués à la capitale en stage de fin d’année… La raison a vaincu le goût de la fête. La canicule s’en mêle et quelquefois la frustration s’invite. Quel est l’envers du décor ? Burn out VS Bore out ? MarieSansFiltre donne la parole aux étudiants : du rêve aux désillusions, des sacrifices à l’amour inconditionnel de leur futur métier.

Léa a 21 ans. Passionnée par les médias, elle a décroché un stage dans un grand quotidien parisien. Cette année, elle a fait le choix de zapper les vacances et de se concentrer sur son avenir. Elle raconte :

« Premier stage. Je viens de finir ma première année d’études de journalisme et pour la valider je dois réaliser un stage d’au moins deux mois. Tout est nouveau et impressionnant. L’anxiété me donne parfois mal au ventre. Qu’importe, je suis très motivée, j’ai tant d’espoirs et d’attentes ! J’espère avoir beaucoup de travail. Mais cela dépend de l’humeur du chef. Souvent, il ne me donne pas de sujet et refuse ceux que je lui propose. Par contre, il n’hésite pas à confier des tâches à l’autre stagiaire. J’ai trois hypothèses : il est misogyne ou il y a une hiérarchie même dans la catégorie « stagiaire » – mon co-stagiaire vient de Sciences Po alors que j’étudie dans une école privée…- ou encore (et c’est plus simple !) il me déteste… Parfois, d’autres journalistes se rappellent ma présence et me confient des missions. C’est alors le soulagement: je sers enfin à quelque chose ! Les heures défilent. Dans le contrat de travail, on te promet un 35 heures. Mais on ne te laisse pas le choix : « Tu viens à 9 heures le matin et au plus tôt, tu partiras à 18h. Enfin, c’est plutôt rare, il faudra que tu aies fini ton travail ! ». 5 jours sur 5. Pas de repos. Les pauses déjeuners ? Tu attends que le chef se lève et lance le signal. Souvent, ce n’est pas avant 14 heures alors que les ventres crient famine depuis longtemps. Et comme un mouton, tu suis la vague. Jamais cependant, je ne regretterai un tel stage. Même si j’ai des baisses de moral, des envies de crier « Eh! Je suis là ! ». Et puis, chaque chose en son temps, non ? Un jour, j’aurai, je veux y croire, entièrement ma place dans une rédaction. »

Sur sa route estivale, MarieSansFiltre croise une camarade de classe de Léa, Myriam. Grâce à une de ses connaissances, elle a été engagée deux mois dans un magazine people à forts tirages. Myriam rêvait d’une expérience professionnelle digne du film « Le diable s’habille en Prada » avec la célèbre Meryl Streep. Elle a vite compris que décidemment, la vie n’est pas une fiction !

« Le magazine est prestigieux et scandaleux comme j’aime ! Je rêvais de partir à la recherche du dernier scoop ou dans les soirées fourmillant de personnalités. La réalité ? Dès le début, j’ai eu le sentiment que je n’étais pas indispensable pour eux. J’y allais parce que je le devais. Tout le monde m’adressait la parole et était agréable. Mais ils n’avaient pas forcément préparé du travail pour moi. La plupart du temps, je passais des journées entières sur mon PC à ne rien faire, à regarder tout et n’importe quoi sur internet. Personne ne se souciait de moi et de mes activités. Bien entendu, c’était intéressant de voir comment les journalistes travaillaient. Mais j’aurais bien aimé qu’on me donne plus de responsabilités et qu’on me fasse faire un peu plus de choses. J’ai carrément arrêté avant la date de fin ! Me lever le matin pour littéralement ne rien faire, ça m’a découragée. Ma tutrice de stage est partie en vacances et elle avait déjà rempli ma feuille d’évaluation. Je l’ai récupérée et j’ai arrêté. Tout simplement. Ils ne s’en sont même pas rendu compte !  Aujourd’hui, cela me laisse vraiment un goût d’inachevé. Mais je suis en vacances ! », lance, malicieuse, Myriam.

Lucas, 20 ans, est dans le même bateau : pas de vacances et un stage qui ne lui permet pas de montrer tout ce qu’il a sous la pédale ! Entre admiration et frustration, il confie :

« Je mentirais si je disais que je n’espérais pas un peu plus. La radio, c’est ma passion et avoir l’opportunité de réaliser mon premier stage dans une radio réputée est une chance inouïe. Un petit garçon face à son rêve…  Bien sûr, j’ai été impressionné et intimidé les premiers temps. Au fil des jours, une once de déception s’est peu à peu installée. Mes responsables ne me donnent pas beaucoup de choses à faire. C’est simple : c’est à moi de prendre les devants et de leur proposer des sujets. Sinon quoi ? Rien du tout. Je ne fais rien. Il n’y a pas de consignes précises, j’aménage mes horaires comme je le veux. Je peux venir à 10h et repartir à 17h. Rien de précis. Parfois, je me retrouve totalement seul. Mais je ne me démonte pas, j’essaie de trouver des idées de sujets à leur proposer à leur retour. J’espérais plus quand même. Après, je pense que faire mon stage dans une grosse structure ça joue aussi. Peut-être que si je l’avais fait dans une plus petite rédaction, j’aurais eu plus de boulot… En plus, j’ai côtoyé ma tutrice seulement une semaine avant qu’elle ne se barre en vacances. Et depuis, aucune nouvelle ! »

C’est le choix qu’a fait Lisa, étudiante elle-aussi en journalisme : une petite rédaction. Premier stage, le travail coule à flots. Pourtant, des écueils existent aussi : stagiaire gratuit pour réaliser tous les souhaits ?

« En juin, j’ai commencé à travailler pour un webmagazine. Il n’y avait pas de bureau, je devais travailler de chez moi. C’est l’ère des nouveaux médias qui fleurissent sur la toile… Pour économiser sur leurs coûts, ces auto-entrepreneurs font l’impasse sur les locaux et engagent des stagiaires de moins de deux mois. Pourquoi ? Pas de rémunération à la clé, bien sûr ! Mon tuteur de stage était très directif. Il m’appelait à 9h pour me dire ce que je devais faire dans la journée. Par la suite, je devais lui envoyer un message à midi lorsque je partais en pause déjeuner et lorsque je me remettais au travail. Il m’appelait enfin à 18h pour avoir un compte-rendu de mes activités. C’était très encadré, j’avais du travail, je n’avais pas à me plaindre… Le ton directif du début, n’a fait qu’empirer au fil des jours. Il s’est mis à me parler comme à un chien. J’ai craqué. Au bout d’un mois, j’ai vidé mon sac. La confrontation n’a pas été simple. Et j’ai abandonné. C’était un choix difficile, il me manquait encore un mois pour valider mon année. Mais, je ne pouvais plus, je ne voulais plus endurer cette « pseudo-dictature » humiliante et déplacée, alors je me suis armée de courage pour arrêter et trouver un autre stage. La chance m’a souri. Aujourd’hui, j’ai un nouveau contrat dans une boite de communication. Je vois du pays, je pars à la rencontre de personnalités diverses. Et malgré cette petite désillusion, j’ai repris goût à ma future profession ! », se rassure-t-elle.

Chaque histoire est différente. Et de belles exceptions existent. Mais pour Léa, Myriam, Lucas et Lisa, le premier bain dans le monde professionnel reste décidément tiède. Le stagiaire ou le bon filon des entreprises et des administrations? Il ne coûte pas cher voire rien et les entreprises récupèrent un jeune prêt à tout pour prouver qu’il est utile et qualifié… Et si on emploie les grands mots : Burn Out et Bore Out s’invitent dans ces stages estivaux. Vous l’avez compris, il y a deux camps : le stagiaire « Burn outé », étouffé sous une masse de travail aux horaires interminables et qui reçoit peu de reconnaissance mais le plus souvent des réflexions déplaisantes, et le stagiaire « Bore outé » qui lui dépérit d’ennui au bureau dans l’indifférence générale. Dans l’ouvrage « Bore-out syndrom : quand l’ennui au travail rend fou » de Christian Bourion, on apprend que 30% des employés en souffrent. Et encore les stagiaires, une nouvelle fois oubliés, ne sont comptabilisés !

Pour finir sur une note joyeuse car l’été est encore long, on écoute les paroles d’Alexis qui vient de valider sa première année de master en biologie et qui effectue son stage de 6 mois : « Je ne regrette pas de sacrifier mon été. Mon stage est obligatoire et professionnalisant. Et l’équipe, l’environnement sont très agréables et me permettent de progresser. Je suis ravi ! »

Conclusion ? S’ACCROCHER !! Au fil des années passées le nez dans les bouquins, les stages deviendront plus intéressants. On parie ? En attendant, ne désespérez pas et accordez-vous une pause sur les bords de Seine. Un été à Paris, c’est au moins à faire une fois dans sa vie, non ?

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