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« Une France qui dépasse les océans, colorée de sports et de cultures » : Lara Grangeon, en course pour le 10km en eau libre aux JO de Tokyo

Enfant, elle regardait les Jeux à la télévision,  s’imaginant un jour en championne olympique. Aujourd’hui, elle n’a pas peur de braver les eaux libres et de dépasser les frontières de l’effort. « Côte à côte nageant, nous fuirons sans repos ni trêve vers le paradis de mes rêves ! », écrivait Baudelaire et Lara Grangeon prend sa vague. 

A 28 ans, la nageuse originaire de Nouvelle-Calédonie n’a plus qu’un seul objectif : un podium, cet été à Tokyo, sur l’épreuve du 10km en eau libre. Classée quatrième l’année dernière au Championnat du monde de natation à Yeosu, en Corée du Sud, médaillée de bronze au Championnat d’Europe à Glasgow en relai 5 km mixte, son sport prend sa source en une eau agitée. 

Beaucoup moins populaire que la natation en bassin, la nage en eau libre qui caractérise toutes activités de natation pratiquées en mer, en lac ou en rivière, généralement sur de longues distances, devient une discipline olympique officielle en 2008. Pour Lara, ce sera ses troisièmes Jeux, et l’opportunité enfin de prouver à la petite fille qu’elle était, que « Tout est possible à partir du moment que l’on se donne les moyens d’y arriver ». Son oxygène ? Son club, le premier et l’unique, dans lequel elle fait ses premières brasses à 6 mois, sa famille, ses entraineurs et ses amis. Des supporters des premières heures à qui elle dit devoir son parcours et son courage.

A Nouméa, entre deux coulées, la nageuse nous offre un plongeon dans son intimité. Espoirs, doutes et performances sont au planning. Des kilomètres de nage dans le corps et à l’horizon Tokyo. La course a déjà démarré. 

Marie Chéreau : Des mois de travail, des heures dans l’eau, 85 km par semaine, de la musculation, des entrainements quotidiens… Et un but précis : Tokyo. Dans quel état d’esprit appréhendez-vous cette compétition ? 

Lara Grangeon : Je me sens plutôt confiante. Depuis le mois de septembre, j’ai fait un bon travail de fond et si on calcule, nagé presque 2.000 kilomètres ! L’objectif de cette seconde partie de saison est de me tester sur plusieurs courses. J’étais engagée sur la coupe du monde de Doha au Quatar en février (Elle se classe 15ème du 10km en eau libre en 1 heure et 57 minutes). Dans les prochains mois, je vais participer à de nouvelles courses pour acquérir plus d’expérience et surtout, pour que mes prises de décision deviennent plus rapides et automatiques. Quand on prend le départ d’une compétition comme les JO, on veut donner le maximum de soi-même, représenter au mieux son pays. J’ai terminé 4ème au dernier championnat du monde alors l’objectif serait bien entendu d’essayer de décrocher, cette fois-ci, une médaille. Après, nous allons être 25 sur la ligne de départ avec toutes en tête ce même graal ! C’est un monde difficile fait de concessions, mais je veux essayer d’accrocher mon rêve. Ma détermination et le soutien de mes proches m’aident à trouver en moi les ressources nécessaires pour dépasser les difficultés qui éclaboussent ma route.

M.C : Où voguent vos pensées lors d’une course aussi importante que celle des Jeux ? 

L.G : Dix kilomètres, c’est à peu près deux heures d’effort. Deux heures d’effort, pendant lesquelles on est focalisé uniquement sur la course. Cela représente souvent 4 à 6 tours d’un parcours. Il y a des caps à franchir. Il faut rester très vigilant au fait qu’une nageuse puisse creuser l’écart à tout moment. Il faut rester lucide tout au long de l’épreuve, rester au contact des autres participants…  Souvent, tout se joue dans les derniers mètres ! Bien entendu, il y a une stratégie avant la course, qui s’adapte tout au long de la performance à notre forme physique sur l’instant, et à celles des autres concurrents.

M.C : Et au Village Olympique, se sent-on plus français et fier de porter les couleurs tricolores, ou comme « une sportive sans frontière », partageant avec l’ensemble des autres athlètes l’amour du sport et du dépassement de soi ? 

L.G : Au village, il y a une chose incroyable : à partir du moment où l’on porte le survêtement FRANCE, on appartient tous à une grande et solidaire famille française. On se reconnait sans se se connaitre ! On est comme frères et soeurs, unis sous les couleurs du drapeau. On s’encourage, on s’interroge sur nos épreuves respectives. Il y a une empathie, un partage, un échange entre nous. Et c’est l’un des plus beaux souvenirs que je garde de mes deux premiers Jeux. Bien sûr, on côtoie les autres nations et c’est toujours enrichissant de rencontrer des sportifs du monde entier. Mais il y a vraiment une forte et bienveillante « Team France ». Tous fiers de représenter une France qui dépasse les océans, colorée de sports et de cultures.

Propos recueillis par Marie Chéreau

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