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Little Joe : Le virus du bonheur

Confinement Jour 7. Vous avez déjà visionné trois fois “Contagion” de Steven Soderbergh et terminé la nouvelle série Netflix “Pandémie” ? Et si pendant 1h46, on oubliait le Covid-19 et ses ravages et que l’on parlait bonheur ? L’année dernière, une drôle d’épidémie avait infecté la Croisette et le monde du cinéma. Laissez-vous contaminer par Little Jo. 

Après trois longs métrages présentés à la sélection du Festival de Cannes, Un Certain Regard, et la blouse de juré enfilée à deux reprises, Jessica Hausner faisait l’année dernière une entrée fracassante en compétition avec Little Joe, drame fantastique sur une mystérieuse plante aux vertus thérapeutiques, qui va bousculer le quotidien et la rationalité des personnages. 

La réalisatrice autrichienne aurait-elle attrapé le virus de Cannes ? Révélée avec Inter-View, son film de fin d’études, en 1999, pour lequel elle remporte la mention spéciale du jury de la Cinéfondation, Jessica Hausner, n’a cessé depuis de gravir les 24 marches du Festival de Cannes. En 2001, Un certain Regard lui rend ses premiers honneurs avec Lovely Rita, une ode singulière sur l’adolescence et la violence propre à la société autrichienne. En 2004 et 2014, la cinéaste est de nouveau sélectionnée avec ses films Hotel et Amour Fou. Pour la première fois et avec sa première réalisation en langue anglaise, elle accédait en mai dernier à la compétition avec Little Joe, une étonnante fable sur un virus du bonheur. Une promesse pas si inoffensive…

« Ce secret que chacun porte en soi, c’est le point de départ de l’histoire », expliquait la réalisatrice qui souhaitait concevoir Little Joe comme un conte de fée 2.0. Donc, il était une fois… Alice (Emily Beecham, prix d’interprétation féminine), mère célibataire et phytogénéticienne pour une société spécialisée dans la création de nouvelles espèces de plantes. Un jour, elle conçoit une fleur, rouge vermillon, tout autant remarquable par sa beauté que pour son intérêt thérapeutique. Quel remède miracle ? Si on la conserve à bonne température, si on la nourrit correctement et si on lui parle régulièrement, la plante rend son propriétaire heureux. En offrant une de ces fleurs à son fils adolescent, Alice enfreint le règlement intérieur du laboratoire. Chez eux prend racine « Little Joe », qui à mesure qu’elle croît semble influer sur la personnalité des gens autour d’elle. Soudain, tout ce qui était familier se mute en énigme.

Jessica Hausner, fidèle à son ironie grinçante et sa maitrise remarquable du hors-champ, fait le pari de la science-fiction et étudie cliniquement le lien maternel, la notion d’identité et de connaissance d’autrui. En équilibre sur une tige, le film ne cesse d’interpeler le spectateur sur les intentions et l’intégrité des protagonistes. La réalisatrice offre une vision de la société confrontée aux effets secondaires d’un produit génétiquement modifié dont les scientifiques eux-mêmes ignorent les dangers : « Un terreau fertile pour toutes sortes de théorie du complot ». Portrait tout en couleurs d’une humanité souffrante, infectée par une aspiration de grandeur que sa médiocrité ne cesse d’aggraver. 

 

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