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Confinés du monde : Marie, 24 ans, au Togo

Un monde à l’arrêt. Plus de la moitié de la population mondiale, soit plus de 3,9 milliards d’habitants sont désormais contraints de rester chez eux pour tenter d’endiguer la pandémie du coronavirus. Jeunes Sans Frontières est parti à la rencontre de jeunes confinés à travers le monde. Quotidien, mesures gouvernementales, émotions et espoirs : rendez-vous chaque jour au delà du confinement, des frontières, et un seul message : avec fraternité, vaincre l’ennemi invisible.

Au Togo, le Covid-19 a fait son apparition malgré les mesures prises  rapidement par le gouvernement. On compte à ce jour 41 cas et trois morts. Quel est l’impact de cette pandémie sur une Française en stage à Lomé ? Rencontre.

“Je m’appelle Marie Schrive, j’ai 24 ans et je suis étudiante en double master Psychologie et Criminologie. Originaire du Val d’Oise, j’effectue mon cursus universitaire en Belgique. Je suis actuellement en stage à Lomé au Togo. 

Je suis psychologue stagiaire à l’association Solidarité Mondiale Pour les Personnes Démunies et les Détenus. 

Depuis le 16 mars, le Togo a pris peu à peu des mesures pour lutter contre le Covid-19. Au début, il y avait des contrôles sanitaires renforcés aux frontières terrestres. Au fur et à mesure, ils les ont fermées, laissant seulement circuler les marchandises. La fermeture des liaisons aériennes avec les pays à risque, comme la France, a également été vite instaurée. Dernièrement, ils ont bloqués tous les accès aux villes. On ne peut plus ni entrer ni sortir de Lomé, et c’est pareil pour les autres grandes villes du Togo.

Au niveau de la vie locale, ils ont fermé les bars, les restaurants et les accès aux plages. Toutefois, le grand marché de Lomé reste ouvert car il est le lieu principal d’approvisionnement en nourriture pour la population. Tout le monde à l’obligation d’avoir des masques de protection et de se désinfecter les mains. Pour moi, les mesures sont assez bien respectées par la population. Les rues sont assez désertes que ce soit le soir ou le matin. Les Togolais savent que si le Covid-19 se répand, ce sera difficile d’y faire face. 

Dans ma situation, je n’avais pas envie de rentrer en France contrairement à d’autres expatriés. À partir du moment où ils ont fermé les liaisons aériennes, il fallait prendre une décision. Il n’y avait plus de place dans les vols et les derniers étaient complets ou très chers. Cependant, on était en contact avec l’Ambassade de France qui nous promettait qu’elle allait organiser des vols de rapatriement avec Air France. Personnellement, coronavirus ou non, je voulais continuer mon expérience.

Face à l’ampleur qu’a pris très vite cette pandémie, ils ont ouvert un vol le dimanche 29 mars. J’ai embarqué dans cet avion, direction Paris. L’Ambassade Française ne savait pas s’il y aurait d’autres vols, ni combien de temps cette catastrophe sanitaire allait encore durer. Alors j’ai fait un choix de raison et non de coeur.”

Propos recueillis par Justine Lenormand.

“Dernièrement, ils ont bloqués tous les accès aux villes. On ne peut plus ni entrer ni sortir de Lomé, et c’est pareil pour les autres grandes villes du Togo.”
(Cdt – Nelson Ankou)

A partir du Jeudi 2 avril, les autorités togolaises ont instauré un couvre-feu afin de lutter contre la propagation de la pandémie. Coups de matraque, coups de feu et humiliations en tous genres, les forces de l’ordre utilisent la manière forte pour faire respecter les mesures prises par le gouvernement. Une “unité spéciale”, composée de 5.000 agents des forces de défense et de sécurité, a même été créée pour faire respecter le couvre-feu et l’Etat d’urgence a été décrété. A ce jour, nombreuses vidéos de dérives policières circulent sur les réseaux sociaux et suscitent des réactions d’indignation dans des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Kenya ou l’Ouganda.

Célestin Agbogan, président de la Ligue Togolaise des Droits de l’Hommes, a interpelé le gouvernement sur ces dérives : “la loi prévoit la sanction à appliquer en cas de violation d’une mesure. Rien ne pourra justifier des coups de matraques et des violences sur des citoyens et la lutte contre la propagation du Covid-19  ne doit donc pas se faire au détriment du respect des droits de l’homme” . 

Le ministre de l’administration territoriale, Payadowa Boukpessi, s’est voulu, quant-à-lui, rassurant : “Cette force spéciale est instruite pour rester dans la légalité. Il n’est pas question d’abus quelconque. Il n’y aura pas d’abus. Nous appelons tout de même les Togolais à respecter les consignes qui sont données. Cela est dans l’intérêt de tous. Ne vous fiez pas à ce que certains publient sur les réseaux sociaux sans investigation. S’il y a des abus, des sanctions seront prises.”

Outre cette mesure de couvre-feu, le président Faure Gnassingbé a annoncé une remise de peine pour 1.048 détenus, afin de désengorger les prisons et d’éviter une propagation rapide et désastreuse du coronavirus.

Marie Chéreau.

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