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Confinés du Monde : Alexandre, 22 ans, en France (Paris)

Un monde à l’arrêt. Plus de la moitié de la population mondiale, soit plus de 4 milliards d’habitants sont désormais contraints de rester chez eux pour tenter d’endiguer la pandémie du coronavirus. Jeunes Sans Frontières est parti à la rencontre de jeunes confinés à travers le monde. Quotidien, mesures gouvernementales, émotions et espoirs : rendez-vous chaque jour au delà du confinement, des frontières, et un seul message : avec fraternité, vaincre l’ennemi invisible.

« Nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les jours heureux », a magistralement annoncé hier soir, le président Emmanuel Macron, en citant les mots de Gilles Perret, réalisateur du documentaire « Les Jours Heureux » sorti en 2013. Le chef de l’Etat a annoncé le rallongement du confinement total d’un mois, jusqu’au 11 mai, avant d’entreprendre un déconfinement progressif… Réaction d’Alexandre, confiné depuis un mois dans la ville lumière. 

Je m’appelle Alexandre Leclerc, j’ai 22 ans et je suis de retour à Paris. Je finis mon Bachelor de commerce. Avant la pandémie, je suivais une alternance dans le tourisme à Francfort, en Allemagne, que je poursuis aujourd’hui en télétravail. 

Evoluant dans le milieu du tourisme, j’ai donc très vite fait face au Coronavirus. Dès le début de l’épidémie à Wuhan, on a eu conscience du problème que poserait ce virus. Dans mon entreprise, on a vite mis en place les consignes de sanitaires de base : on restait à distance les uns des autres, on se protégeait tant bien que mal… Puis, j’ai été confiné en Allemagne, mais ce n’était pas encore le confinement strict que l’on connait aujourd’hui, et je suis peu à peu passé en télétravail. C’était un confinement partiel. En Allemagne, les mesures de confinement à l’heure actuelle, sont toujours moins strictes qu’ici. Mais quand j’ai appris qu’ils allaient fermer les frontières, il y a environ un mois, j’ai décidé de rentrer en France. Le confinement ne me dérange pas tellement, mais je ne me voyais pas rester confiné tout seul dans un pays étranger. Je suis donc rentré à Paris, auprès de ma famille. J’ai besoin de voir quotidiennement des gens, d’avoir une vie sociale… A Paris, je me retrouve avec mes parents, mes deux frères, ma grand-mère, et nous partageons des moments inédits et précieux. On rit beaucoup, on fait attention les uns aux autres et on essaie de se sortir des idées noires, de se détacher des évènements difficiles qui se passent à l’extérieur.

Après un mois de confinement, j’ai réussi à m’instaurer une routine qui me plait. J’essaie de diversifier au maximum mes activités et cela me permet de ne pas craquer ! Si je devais faire chaque jour la même chose, je deviendrais fou ! En temps normal, je ne suis pas quelqu’un qui aime beaucoup la routine, mais finalement aujourd’hui ça me ressource. Je lis beaucoup, je fais quotidiennement du sport, j’ai commencé la rédaction de mon mémoire de fin d’études et surtout, je poursuis mon alternance en télétravail. Je ne suis pas en chômage partiel, ou au chômage tout court… On me demande un travail différent. J’étais dans l’événementiel alors, bien sûr, on ne crée plus d’évènements pour les touristes. Même si on commence aujourd’hui à essayer de prévoir comment on va se remettre en marche dans le futur. Aujourd’hui, je travaille plus sur de la DATA et du fonds de commerce, autrement dit, j’essaie de planifier les acteurs, les attentes après cette période bousculée par le Covid-19, du côté français, comme du côté allemand. Et cela me prend beaucoup de temps et ça me permet d’avoir un quotidien plein de rebondissements…

Habituellement, je ne regarde pas beaucoup les médias. Souvent, je n’aime pas comment les informations sont traitées… Par exemple, sur BFMTV, c’est toujours la même information ressassée et dite autrement… Au bout de 10 minutes, on en est toujours au même point ! Après, j’aime beaucoup les émissions plus sérieuses, qui sont dans l’étude de cas concrets, comme notamment BFM Business. Mon petit-frère est lui très connecté et regarde beaucoup les réseaux sociaux. J’ai fait le choix inverse, j’avais besoin de me couper de ce monde virtuel. Parfois, je vais quand même surfer sur la toile mais seulement pour regarder des programmes amusants, bien loin des infos pures et dures. J’entends sans arrêt parler du coronavirus par mon travail. J’ai donc besoin sur mon temps libre, de réduire le flux d’information dont les médias nous inondent chaque jour. L’information est très omniprésente. On est face à un drôle de bal médiatique où beaucoup de gens donnent leurs avis, et refont le monde avec des « Si c’était comme ça, comme si… ». Mais derrière, je trouve qu’il n’y a rien de tangible, aucun fond… Contrairement aux médias allemands, beaucoup plus factuels. Il y a beaucoup plus de respect vis à vis des évènements Outre-Rhin, ainsi que de véracité dans les informations.

Le rallongement du confinement jusqu’au 11 mai est pour moi une bonne chose. Les gens qui commençaient à parler il y a une semaine, d’un déconfinement progressif, n’ont pas compris l’immensité du problème dans lequel nous sommes. Quand on voit qu’en Chine, ils commencent à reconfiner les gens car ils ont agi trop vite, on se rend compte qu’on n’est pas face à une blague. 

Beaucoup de Français vont critiquer bien sûr… Mais je trouve que le fait que le gouvernement soit très présent, ne peut que nous rassurer. Pour une fois, et pour la première fois depuis son mandat, Emmanuel Macron et son gouvernement paraissent plus proches de nous, et instaurent peu à peu une réelle écoute avec les citoyens. 

Oui, les Français respectent le confinement ! Le Français sait se plaindre mais il n’est pas bête ! Et même si certains d’entre nous ne se soumettent pas aux règles, c’est-à-dire de sortir dans les parcs ou sur les quais lorsqu’il fait beau. Je pense que ça reste une minorité qui ne représente pas la réalité ! Et cela fait de l’information pour tous ces sites en recherche de ragots. Il faudrait mettre beaucoup plus en avant tous les gens confinés dans les médias… Je comprends que le confinement puisse être une épreuve plus difficile pour certains… Je ne suis pas à plaindre, j’ai un jardin. Mais aujourd’hui, face aux difficultés qu’on traverse, les gens agissent dans l’intérêt commun. Ils sont respectueux des uns des autres, ils aident leurs voisins, les SDF, les personnes agées… Cela montre une belle France fraternelle qui soutient les plus démunis et  ses ainés. Une Europe même qui s’entraide pour vaincre cet ennemi invisible ! Et je trouve cela dramatique que ce ne soit pas le même cas de figure en Russie ou aux Etats-Unis. 

15.000 morts en France… C’est un chiffre énorme. Mais les soignants français luttent du mieux qu’ils peuvent pour limiter les pertes humaines… Et il faut souligner le très beau soutien, mérité, et populaire offert chaque soir à 20 heures aux personnels hospitaliers. Mais la situation aux Etats-Unis me choque encore plus. Il y a quelques mois, j’y étais… Et voir la non-réaction et l’égoïsme des américains, me traumatise. La politique de Trump face à la pandémie est effrayante. Cela me permet de relativiser et de me dire que finalement en France, on n’est pas si mal loti… Une vraie cohésion se crée ici, menée par les citoyens, par les professionnels de la santé et ceux qui nous permettent de nous nourrir…

Et l’après ? Mon déconfinement va être un peu particulier car je vis normalement en Allemagne et cela va forcément décaler ma date de fin d’alternance. Je vais devoir suivre deux réglementations. Beaucoup de questions s’invitent et demeurent sans réponse : comment vais-je y retourner ? Y aura-t-il des transports ?… Mais vivons le moment présent, et les réponses arriveront au moment voulu. 

Puis, le 12 mai, nous ne retournerons pas à notre vie « d’avant », soyons lucides. Ce sera quelque chose de très progressif, et encore une fois, j’espère que les Français resteront en cohésion face à cette nouvelle épreuve. Mes études sont légèrement bousculées aussi. Je vais devoir faire mon oral de soutenance de mémoire sur Skype. Le contact humain va me manquer. Mais bon, c’est la vie! Et grâce au coronavirus, si j’ose dire, c’est tout un modèle d’études et de travail « online » qui se développent. Je pense qu’une nouvelle ère dans le monde du travail est en train de se dessiner.

Hauts les coeurs et gardons le sourire pour ce nouveau mois de confinement… Nous n’avons pas le choix, mais restons positifs. Profitions des gens qu’on aime, surtout rions et appelons par FaceTime tous les gens qu’on n’a pas vus depuis longtemps ! Il ne faut pas qu’on relâche nos efforts, car on a enfin compris ce qu’il faut faire. C’est un effort collectif qui est demandé à notre nation, pour qu’on s’en sorte, tous ensemble.”

Propos recueillis par Marie Chéreau.

Alexandre Leclerc, 22 ans, à Paris (Cdt : Photo personnelle)

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