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Confinés du monde : Daniel, 30 ans, au Venezuela

Un monde à l’arrêt. Plus de la moitié de la population mondiale, soit plus de 4 milliards d’habitants sont désormais contraints de rester chez eux pour tenter d’endiguer la pandémie du coronavirus. Jeunes Sans Frontières est parti à la rencontre de jeunes confinés et déconfinés à travers le monde. Quotidien, mesures gouvernementales, émotions et espoirs : rendez-vous chaque jour au delà du confinement, des frontières, et un seul message : avec fraternité, vaincre l’ennemi invisible.

Pas une goutte d’essence, même pour les soignants. Pas d’eau dans les hôpitaux, peu de médicaments… Des denrées alimentaires hors de prix qui entrainent le pillage de plusieurs supermachés… Confiné depuis 50 jours, le Venezuela manque de tout, et la menace d’une tragédie sanitaire et humanitaire continue de planer. L’opposition et la plupart des Vénézuéliens sont persuadés que le gouvernement de Nicolas Maduro ment sur l’ampleur de l’épidémie de coronavirus dans le pays. Récit de Daniel, habitant de Caracas.  

“Je m’appelle Daniel Uzcátegui Correa, j’ai 30 ans et je vis à Caracas, capitale du Venezuela. Je suis architecte, designer et photographe, je travaille actuellement dans une compagnie créatif, qui développe des projets d’architecture intérieure, de design graphique et industriel ainsi que de la photographie. 

Je suis confiné depuis le vendredi 13 mars. On fête donc aujourd’hui le 50ème jour de quarantaine ! Dès le 15 mars dernier, le président Maduro a annoncé la fermeture des frontières aériennes et terrestres du pays, et quatre jours plus tard, il a décrété une quarantaine stricte sur l’ensemble du territoire. 

Avant le confinement, avant que ma vie prenne cette tournure différente, j’avais un programme journalier bien défini : tôt le matin, je faisais du sport, puis je travaillais jusqu’à 17h30 avant de rentrer chez moi, pour diner, prendre une douche et dormir. Aujourd’hui, le temps s’écoule différemment et j’ai dû apprendre à faire sans mes habitudes quotidiennes. Dès mon réveil, je médite quelques minutes, afin d’appréhender la journée avec calme et sérénité. Puis, je regarde un peu la télévision, je consulte les informations pour me tenir au courant de ce qui se passe un peu partout dans le monde et des programmes plus ludiques et divertissants pour essayer de ne pas sombrer dans la panique. Chaque jour, je travaille aussi quelques heures à distance. Et le reste de mon temps libre, je m’occupe en décorant, ajustant et bricolant différentes choses dans  ma maison. 

Les médias et le gouvernement vénézuéliens ne disent rien du tout sur la pandémie de Coronavirus. Tout est supposé être sous contrôle. Les autorités recensent soit disant 335 personnes infectées, 148 patients guéris et 10 décès. Ces chiffres et notamment le nombre de contaminés sont vraiment très bas par rapport aux autres pays du monde et cela nous semble assez suspect. 

Les autorités ont fermé les routes principales du pays, il ne peut donc pas y avoir de transports en commun, de quelconques trajets des autres villes vers Caracas, et vice versa. Les forces de l’ordre surveillent en permanence et même la nuit, elles font des rondes de sécurité. La garde nationale garde toujours un oeil sur les endroits les plus sensibles afin d’éviter toutes sorties de personnes et surtout une émeute. Ils surveillent même les stations essence afin de forcer les gens à rester chez eux. Et finalement, à cause de cette pénurie de pétrole, les gens n’ont pas d’autres choix que de respecter le confinement. 

Vous savez, je n’ai pas vraiment peur d’attraper ce coronavirus, par contre, je m’inquiète pour les gens qui n’ont pas de famille, qui leurs vient en aide ? Que vont-ils devenir ? Mon pays, le Venezuela, est frappé et lutte depuis un certain nombre d’années contre des pénuries de nourriture, de médicaments et de produits de première nécessité. Cette quarantaine accroit évidemment ce manque… 

Personnellement, ce confinement a été comme une retraite forcée dans ma routine. J’ai été contraint à ralentir mon rythme de vie, ce dont je n’étais pas habitué. Apprendre à vivre avec nos proches, dans le même espace, heures 24 et 7 jours sur 7, nous a tous impacté, et ce n’est pas tous les jours facile. Peu de personnes arrivent à trouver une harmonie dans ce déséquilibre soudain et imposé, mais la méditation m’a beaucoup aidé. J’ai trouvé une nouvelle manière d’appréhender la vie. Mon secret ? Chérir le moment présent et vivre au jour le jour.”

Propos recueillis par Marie Chéreau.

Daniel Uzcátegui Correa, 30 ans, au Venezuela (Cdt- Photo personnelle)

 

(Cdt- Federico Parra:AFP via Getty Images)

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