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Confinés du monde : Florencia, 28 ans, en Argentine

Un monde à l’arrêt. Plus de la moitié de la population mondiale, soit plus de 4 milliards d’habitants sont désormais contraints de rester chez eux pour tenter d’endiguer la pandémie du coronavirus. Jeunes Sans Frontières est parti à la rencontre de jeunes confinés et déconfinés à travers le monde. Quotidien, mesures gouvernementales, émotions et espoirs : rendez-vous chaque jour au delà du confinement, des frontières, et un seul message : avec fraternité, vaincre l’ennemi invisible.

Enfants des favelas, travailleurs précaires survivant grâce à une économie souterraine…. Déjà affaibli par la crise économique, l’Argentine fait aujourd’hui face à de nouveaux défis avec la pandémie de coronavirus. Voyage aux pieds de la Cordillère des Andes, à Salta, chez Florencia. 

“Je m’appelle Florencia Pistan, j’ai 28 ans et je suis argentine. J’étudie à Grenoble, en France, où j’effectue un Master spécialisé en politiques latino américaines.

Depuis le 8 mars, je suis rentrée dans ma ville natale, à Salta, “au coeur” (ou à “l’intérieur”) de l’Argentine, dans le nord-ouest montagneux. En réalité, toutes les provinces sont “au coeur” de l’Argentine, à l’exception de Buenos Aires et de la Ville Autonome de Buenos Aires (et cela en dit long ! ). 

Ici, la rue est l’espace où de nombreux « auto-entrepreneurs » travaillent, sous des statuts différents ou sous aucun. Avant le coronavirus, j’allais souvent à leur rencontre ! Je pouvais leur acheter tout et n’importe quoi : des légumes, des herbes, des aiguilles, des piles, du dentifrice. En plus, j’aime beaucoup me promener ! En une seule journée, je pouvais aller à la bibliothèque, déambuler dans le centre-ville, regarder le ciel, m’asseoir sur n’importe quelle place, prendre des photos, passer du temps avec mes amis autour d’un café, cuisiner, donner un coup de main à quelqu’un, passer du temps avec ma famille nombreuse, mes grands-parents, oncles, cousins, voisins, inconnus. Et bien plus encore…

Mais, toutes les deux semaines, depuis le 20 mars, le gouvernement national renouvelle le confinement “social, préventif et obligatoire” et communique les “grandes lignes” à suivre dans ce contexte d’urgence sanitaire. Ces indications sont, en pratique, adaptées par les gouverneurs locaux, selon de multiples critères.

Le bilan officiel de la pandémie fait état de 4.770 personnes infectées, 1.341 guéries et 246 décédées (OMS) pour une population de 44,49 millions d’habitants (Banque mondiale, 2018). Sur ce total, 2.766 se trouvent dans la Ville Autonome de Buenos Aires et dans la province de Buenos Aires.

Pour tous les Argentins, le confinement imposé est strict. Déplacements minimaux et indispensables, magasins fermés sauf ceux “de première nécessité” et selon les réglementations des différentes provinces, il est possible de s’adonner à des activités récréatives ou sportives. Toutefois, les espaces verts sont fermés, et on peut prendre les transports en commun de court, moyen ou longue distance seulement pour rejoindre son domicile. Le port du masque est aussi obligatoire.

Cependant, l’Argentine est, historiquement, une mosaïque de réalités. Ainsi, en plus de lutter contre le virus, chaque citoyen doit vivre avec son contexte socio-culturel, l’extension du territoire, les inégalités… A Salta, il y a un taux élevé de travail informel, les infrastructures de santé sont très précaires et il y a peu de moyens pour l’éducation. Je pense qu’on peut réellement parler d’abîme social.

Je me souviens, qu’étant à l’étranger, j’ai dit qu’en Argentine nous sommes “habitués” aux crises, que nous en avons déjà traversé plusieurs. La réalité est que “la crise” ne frappe pas tout le monde de la même façon, mais elle frappe durement les “Nadies” (Littéralement les “riens”) comme dirait l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano : “Les enfants de personne, les propriétaires de rien … Les riens, les ignorés, qui courent le lièvre, en mourant la vie, les foutus, les très foutus.”

J’écris du nord, bien au nord de l’Argentine, pour nous rappeler que nous sommes, tous, plongés dans les inégalités. Parce qu’il ne faut pas attendre un “après” pour les abattre. Celle-ci est peut-être une façon d’y remédier. Et, au-delà des bilans statistiques, il y aura toujours quelque chose à faire pour l’autre. Siempre es hoy ! (C’est toujours pour aujourd’hui !) »

Propos recueillis par Marie Chéreau.

Florencia Pistan, 28 ans, en Argentine (© Photo personnelle)

Le quotidien “pré-confinement” imagé de Florencia

INSOLITE

Dans la station de Mar del Plata, au sud de l’Argentine, de nouveaux vacanciers profitent d’un petit bain de soleil sur les quais du port : les “lions des mers” ! Ces belles otaries à crinière, typique des rivages de l’Amérique latine profitent du confinement imposé aux humains pour une sieste ensoleillée devant les boutiques de souvenirs aux rideaux baissés. “En raison du confinement, il n’y a personne qui circule, donc les otaries s’aventurent un peu plus loin que d’habitude pour se mettre à l’abri du vent”, a expliqué à l’AFP Juan Lorenzani, président de la Fondation Fauna Argentina. Quand les humains dorment, les otaries bronzent…

© MARA SOSTI : AFP

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