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Confinés du monde : Sara, 31 ans, aux Etats-Unis (New York – Atlanta)

Un monde à l’arrêt. Plus de la moitié de la population mondiale, soit plus de 4 milliards d’habitants sont désormais contraints de rester chez eux pour tenter d’endiguer la pandémie du coronavirus. Jeunes Sans Frontières est parti à la rencontre de jeunes confinés et déconfinés à travers le monde. Quotidien, mesures gouvernementales, émotions et espoirs : rendez-vous chaque jour au delà du confinement, des frontières, et un seul message : avec fraternité, vaincre l’ennemi invisible.

« Nous allons perdre 100.000 personnes à cause du coronavirus », a déclaré Donald Trump dimanche sur FOX, se félicitant de la mise à l’arrêt de l’économie qui permettrait d’éviter un bilan qui aurait autrement atteint « au minimum 1,5 millions de morts américains ». Beaucoup d’experts ont dénoncé une estimation basse, n’incluant pas une deuxième vague épidémique, dans un pays recensant déjà près de 70.000 morts et plus de 1,2 millions de personnes infectées. 

Des Etats déjà déconfinés, un service de santé au bord de l’asphyxie et des prisons bondées bientôt nouvel épicentre de l’épidémie ? De New-York à Atlanta, Sara Rachele, chanteuse folk, nous livre son ressenti sur cette période, tout en chanson, pour réconforter les coeurs et les âmes. 

“Je m’appelle Sara Rachele, j’ai 31 ans et je suis musicienne. Je suis confinée depuis 7 semaines à Atlanta. En temps normal, je vis dans le Tennessee et je travaille à New York. 

Etant artiste, avant le confinement, je passais la plupart de mon temps en tournée ou en studio d’enregistrement. Malheureusement, nous ne sommes pas en mesure de le faire en ce moment avec mon groupe. J’en profite donc pour beaucoup écrire, beaucoup lire… Je me suis aussi remise à pratiquer la danse classique et bien sûr, j’écoute pleins d’albums. 

Ici, les mesures sanitaires pour tenter d’endiguer la pandémie diffèrent selon les états fédéraux. A New York, ils nous ont imposé un confinement strict. Dès l’annonce de la quarantaine, j’ai décidé de rejoindre la Géorgie et le Tennessee où se trouve mon studio d’enregistrement. Ici, les gouverneurs ont réouvert les Etats. Même le Président Donald Trump a dit que c’était une décision prématurée ! C’est une décision irrationnelle, contre toute logique, contre tout avis scientifique !…

A New York, les autorités empêchent tout rassemblement… Mes amis encore là-bas me racontent qu’ils distribuent parfois des gants… Mais ça ne suffit pas pour lutter contre ce coronavirus ! Je suis étudiante en Master à l’université de New York, mais notre campus a fermé depuis des mois… Si j’ose dire nos universités se portent bien !

En Géorgie, les autorités n’ont pas à faire respecter de mesures sanitaires et elles ne sont pas réquisitionnées par le gouverneur pour nous distribuer des amendes, vu que le territoire est techniquement désormais déconfiné. Nous sommes beaucoup à penser que c’est une stratégie pour maintenir le taux de chômage à un niveau très faible afin que beaucoup de personnes ne touchent aucune indemnité.

Je suis vraiment très inquiète pour la santé des personnes handicapées, des personnes à “risque” mais aussi pour les gens de couleur. A Atlanta, ma ville natale, le Washington Post a déclaré que 80% des personnes hospitalisées sont des personnes de couleur. C’est un nombre énorme compte tenu de la démographie de la ville ! 

La majorité des New Yorkais essaie de respecter le confinement. Les autorités mettent des amendes aux personnes ne respectant les règles. Les beaux jours ont commencé à faire leur apparition et the « Quarantine » comme on l’appelle aux Etats-Unis, est de moins en moins respectée par la population. Beaucoup de gens vont se promener dans les rues. Dans mon entourage, mes amis proches, ma famille, sont très à l’écoute des conseils des scientifiques et font de leur mieux pour rester chez eux et suivre les directives établies par le Gouverneur Cuomo. 

Dans nos hôpitaux, il manque beaucoup de matériels pour lutter contre ce covid19, et notre gouvernement aurait dû agir beaucoup plus tôt pour fournir les protections nécessaires à notre personnel soignant. Les soignants en première ligne doivent réutiliser leur matériel, alors que ce n’est ni prudent, ni prévu par les nouveaux protocoles pour lutter contre le virus. Mais aujourd’hui, le matériel hospitalier dépend excessivement des chaines d’approvisionnement étrangères. Bien entendu, je ne suis pas une experte, donc je peux parler uniquement de ma propre expérience. Mais ces soignants en première ligne méritent beaucoup mieux. J’en ai parlé avec une infirmière d’Atlanta qui vit chez moi en ce moment. Ils mettent leurs vies en danger pour soigner les autres… Ils ont mon plus grand respect. 

Tout comme les travailleurs des prisons de New York, ou celles de Géorgie, qui sont surpeuplées, avec des personnes incarcérées pour des délits non violents, qui ne devraient pas être enfermé dans ces prisons bondées… Par exemple, je connais quelqu’un emprisonné hier à cause d’une infraction à la circulation. C’est extrêmement dangereux… Les gens sont encore très mal informés sur la dangerosité de ce virus… But still alive… (Toujours en vie) 

Propos recueillis par Marie Chéreau.

Retrouvez la nouvelle chanson de Sara Rachele “Terry Richardson”, sur Spotify.  

Ce titre est une réflexion sur l’abus de pouvoir dans l’industrie du divertissement. Sara Rachele médite sur la frontière entre le génie créatif et la toxicité.
Par son texte, elle interroge si “ça commence à être drôle pour toi / ça doit l’être / en me regardant patienter, en me regardant attendre et attendre / Il n’y aucun moyen que tu t’en soucies, c’est impossible qu’il y ait de l’attention là-dedans.”  (“This is beginning to be funny to you / it must be / watching me score watching me wait and wait / … / there’s no way you care there’s no way there’s any caring in there“.)
Des mots résonnant d’autant plus fort aujourd’hui, face à la pandémie de Coronavirus et à notre monde entièrement bousculé…
Sara Rachele, 31 ans, chanteuse Folk, Atlanta – New York (© Sara Rachele officielle)

Le quotidien confiné et imagé de Sara

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