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Confinés du monde : Alexis, 33 ans, aux Etats-Unis (Cleveland, Ohio)

Un monde à l’arrêt. Plus de la moitié de la population mondiale, soit plus de 4 milliards d’habitants sont désormais contraints de rester chez eux pour tenter d’endiguer la pandémie du coronavirus. Jeunes Sans Frontières est parti à la rencontre de jeunes confinés et déconfinés à travers le monde. Quotidien, mesures gouvernementales, émotions et espoirs : rendez-vous chaque jour au delà du confinement, des frontières, et un seul message : avec fraternité, vaincre l’ennemi invisible.

“L’Amérique est engagée dans une bataille féroce contre une maladie terrible”, a enfin reconnu, hier, Donald Trump.

2.448 décès supplémentaires en à peine 24 heures, 20,5 millions d’emplois perdus, un taux de chômage record à 14,7%… L’American way of life se transforme en American Nightmare. 

A Cleveland, dans l’Ohio, Alexis, un expatrié français, employé par un sous-traitant de la NASA, offre son expertise sur cette situation hors du commun. 

“Je m’appelle Alexis, je viens de fêter mes 33 ans le 5 mai, et je suis acousticien pour des applications spatiales à Cleveland. Je suis un “Frenchy” qui travaille pour un sous-traitant de la NASA.

A l’heure actuelle, je ne sais pas si je suis officiellement confiné ou non ! C’est compliqué et ça reflète très bien le désordre qui règne aux Etats-Unis. Ici, dans l’Ohio, depuis le 2 avril, nous avons un ordre de confinement, qui demande à tous de rester autant que possible à son domicile. Dans les faits, cela s’est fait progressivement. Je travaille à distance depuis le 18 mars, date à laquelle notre famille a commencé à pratiquer strictement les consignes de quarantaine. Mon entreprise suit à la lettre les mesures prises par la NASA qui sont indépendantes des instructions de l’état et de celles du gouvernement fédéral. Nous sommes, bien sûr, soumis à toutes ces consignes, mais forcement, les règles les plus strictes priment. La NASA a donc recommandé à tous ses employés de travailler à distance, ce qui correspondait au niveau 2 d’un plan à 4 niveaux. 

En ce moment, l’état de l’Ohio a entamé son déconfinement, mais comme chaque employé qui peut travailler à distance et qui se doit de le faire, je pense que je suis cloitré chez moi pendant encore un long moment. Probablement plusieurs mois.

Avant le confinement, j’avais une vie d’employé de bureau tout à fait banale : au travail la semaine et on se repose, on sort le week-end ! Avec deux enfants en bas âge, nous avions l’habitude de faire de nombreuses activités en famille. Nous allions à des concerts, des festivals, aux leçons de piscine, de danse… Tout cela est suspendu pour le moment. Du coup, on se recentre sur la vie de famille à la maison. Nous organisons des activités dans le jardin. Mon épouse dispense les cours à notre fille qui est en CP et ce n’est pas simple avec notre seconde fille de 18 mois. 

“Quarantine at home” (confiné chez moi) et pourtant je croule presque sous le travail. Quand certains ont perdu leur emploi, pour moi, hasard du calendrier, je suis surchargé ! J’ai l’impression que ça me déconnecte du reste de la population en peine. Je suis un privilégié et j’en ai conscience…

Nous faisons les courses une fois par semaine. Un seul d’entre nous sort. Nous suivons scrupuleusement les dernières consignes de santé publique. Celles-ci évoluent quasi-quotidiennement au niveau de l’état de l’Ohio. Au début, nous nous limitions à un seul magasin, une fois par semaine. Maintenant, on se permet de fréquenter deux ou trois établissements. De manière générale, tout est beaucoup moins strict qu’en France. Beaucoup de magasins sont ouverts, même les restaurants sont encore en activité et font de la vente à emporter. 

L’heure est aux nouvelles règles. On voit des masques, des panneaux en plexiglas, des quotas de clients par magasin s’établir doucement. Il y a une semaine, le gouverneur a décidé de rouvrir les services de santé préventifs qui n’utilisent pas ou peu d’équipement médical. Mon dentiste m’a appelé pour faire mon contrôle de routine. C’était une expérience intéressante en elle-même: lavage de main à l’entrée, salle d’attente dépouillée de tous ses magazines et autres objets non essentiels, et même un bilan médical, “spécial Covid”, effectué par le dentiste avant de commencer les soins.

A la maison, nous hébergeons une étudiante argentine de 17 ans. Elle fait partie d’un programme d’échange qui a décidé de rapatrier tous ses étudiants éparpillés dans dans le monde, le 17 mars dernier. Mais l’Argentine ayant fermé ses frontières, notre étudiante est coincée ici jusqu’à nouvel ordre. Des vols organisés par le consulat rapatrient les citoyens au compte-goutte. Je pense qu’elle sera avec nous pendant encore un long moment. Alors, elle suit son école d’Argentine depuis l’Ohio… 

Au niveau communication, notre situation étant régie par le gouvernement fédéral et l’Etat, nous avons le choix pour recevoir nos informations. N’appréciant pas particulièrement le sensationnalisme et la mauvaise communication de notre “cher”  président, je me fie donc à l’état. Notre gouverneur tient une conférence chaque jour, dans laquelle il détaille les nouvelles règles, les nouveaux problèmes. De manière générale, c’est assez acceptable. Avec une communication quotidienne, on sent bien que les décisions sont prises pour essayer de faire un compromis entre santé publique et nécessité économique. Je ne suis pas nécessairement d’accord avec chaque décision prise, mais on ressent une certaine sincérité dans ce procédé complexe. 

Cependant tout le monde ne partage pas mon avis. Certains protestent pour demander de tout rouvrir dès maintenant, d’autres veulent prendre un maximum de précautions. Pour compliquer l’affaire, on sait que le gouvernement fédéral et notre président mettent la pression sur les gouverneurs pour rouvrir le secteur des services et l’économie.

Comme le monde entier le sait, le bilan de la pandémie aux Etats-Unis est compliqué et dramatique : on vient de passer les 1.2 millions de cas et 76.500 morts. Toutefois, la situation est disparate en fonction des états. Dans l’Ohio, on a “seulement” 21.131 cas et 1.271 morts sachant que l’on ne teste que les patients à risque.

Pour maintenir l’ordre, peu de choses sont nécessaires. Les magasins qui ont l’obligation d’être fermés, demeurent généralement clos sous peine de fermeture administrative. Et les gens sont plus ou moins libres de prendre des risques. Si certains se comportent de manière imbécile, des pénalités sont prévues, mais j’ai l’impression que cela reste rare. On voit donc de tout dans la rue. Certains se barricadent chez eux tandis que d’autres continuent leur vie comme si rien n’avait changé…

Je suis bien plus inquiet pour ma famille en France que pour notre situation aux Etats-Unis. J’ai l’impression que la situation de l’Ohio n’est pas trop critique. Par contre la France est complément à l’arrêt. Le bilan y est beaucoup plus lourd aussi. Cleveland a la chance d’être doté d’hôpitaux renommés et j’ai l’impression qu’ils ont réussi à s’adapter à cette situation.”

Propos recueillis par Marie Chéreau.

Le quotidien imagé d’Alexis

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