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Confinés du monde : Camila, 28 ans, au Brésil

Un monde à l’arrêt. Plus de la moitié de la population mondiale, soit plus de 4 milliards d’habitants sont désormais contraints de rester chez eux pour tenter d’endiguer la pandémie du coronavirus. Jeunes Sans Frontières est parti à la rencontre de jeunes confinés et déconfinés à travers le monde. Quotidien, mesures gouvernementales, émotions et espoirs : rendez-vous chaque jour au delà du confinement, des frontières, et un seul message : avec fraternité, vaincre l’ennemi invisible.

“L’éternel pays d’avenir”, comme le surnommait Georges Clémenceau, se mue-t-il en nouvel épicentre de la pandémie de covid-19 ? Le Brésil dénombre officiellement plus de 146.000 cas de contamination et 10.000 décès, loin d’être le reflet de la réalité pour la communauté scientifique. Dans les faits, les chiffres pourraient être 15 à 20 fois supérieurs. A l’heure où le président Jair Bolsonaro enchaine toujours les blagues, les Favelas se transforment en véritable mouroirs. 

História de Camilla, 28 ans, enseignante à Belo Horizonte. 

“Je m’appelle Camila Brandão, j’ai 28 ans, et je suis professeur de Portugais dans un lycée de Belo Horizonte, au Brésil. Ici, les écoles sont fermées depuis le 18 mars. Cela fait aujourd’hui 52 jours que je suis confinée…

Avant la pandémie, je me levais tous les jours très tôt, vers 6 heures du matin pour me rendre dans l’école où j’enseigne qui se situe dans la région métropolitaine de Belo Horizonte. Je donnais mes cours jusqu’à 12h20. Puis je reprenais la route 25 minutes pour rentrer chez moi et déjeuner avec toute ma famille. Ensuite, je réservais une partie de mes après-midis au travail bureaucratique propre à un enseignant, en corrigeant par exemple les devoirs et les examens. Un de mes passe-temps préférés était d’aller au centre commercial, parfois pour simplement me promener, souvent pour faire du shopping… Je me rendais aussi chaque semaine au cinéma avec un ami ou même seule. 

Maintenant, le temps est à la folie du Coronavirus… Alors, je travaille de chez moi. Le plus grand avantage est de pouvoir se réveiller 5 minutes seulement avant le début des cours à 6h55 ! Un café, et hop, je me connecte en ligne. Je fais exactement les mêmes horaires mais en donnant donc des cours en live via une application google. L’après-midi, ma routine demeure toujours la même. Mais maintenant, le cinéma a changé : il est limité à Netflix ! J’essaie d’écouter beaucoup de musique et de regarder des séries lorsque l’anxiété augmente, car le confinement, je trouve, provoque beaucoup de nervosité. Quand ce n’est pas suffisant pour m’apaiser, je saute dans ma voiture et je pars à l’aventure ! Enfin, je vais seulement me promener, contempler la rue ou même me prendre un plaisir coupable au drive du Burger King ! Rester coincée à la maison, c’est quelque chose qui vous donne très faim ! 

Le maire de notre ville, Alexandre Kallil fait ce qu’il peut pour gérer la pandémie. Il a fermé toute la ville et seuls les établissements considérés comme essentiels à la population restent accessibles. Mais le gouverneur de Minas, Remeu Zema et le Président, Jair Bolsonaro, sont totalement stupides ! Ils veulent rouvrir les commerces et ne respectent pas les recommandations du ministère de la Santé. Bolsonaro est un être humain méprisable : il a minimisé la proportion et le pouvoir destructeur du virus à plusieurs reprises publiquement ! Il l’a baptisé “gripe Zinha” (Petite grippe) et a assuré que cela n’affecterait que les personnes âgées. Et, lorsque les mesures de confinement se sont relâchées à travers le pays et que le nombre de morts s’est envolé en atteignant notamment la barre symbolique des 5.000, il a seulement dit : “Alors quoi ? Je m’appelle Messie mais je ne peux rien faire, aucun miracle.” Il a même caché le résultat de ses propres tests au Covid-19, en affirmant qu’il s’agissait de données très personnelles. 

En bref, la population brésilienne est livrée à elle-même ! Aujourd’hui, le 9 mai, le Brésil recense déjà 10.017 morts. Toujours selon les chiffres officiels, il y a 146.000 cas confirmés de coronavirus, même si on pense qu’en réalité, ce nombre est encore plus grand. On parle même de plus du double de personnes contaminées… Bien sûr, il y a une sous-déclaration de la réalité indéniable. Il faut préciser aussi que les autorités ne testent pas toutes les personnes présentant des symptômes. Pire encore, la plupart des morts n’est pas comptée et étiquetée seulement comme étant dû à “des maladies respiratoires aiguës graves”.

Les autorités locales semblent être préoccupées uniquement par le commerce et l’argent. Certaines personnes pouvant attester d’une grande pauvreté, sont aidées financièrement par un programme appelé “aide d’urgence”, d’une valeur de 600 réais (environ 95 euros) par mois. 

Depuis la semaine dernière, les habitants de Belo Horizonte ne peuvent quitter leur domicile qu’avec des masques, mais beaucoup de gens ne prennent pas la situation au sérieux. Ils organisent des fêtes chez eux, envahissent les rues, retirent les masques ou les utilisent de manière inappropriée. 

J’ai peur pour ma famille et pour moi, principalement parce que je souffre d’asthme. Mais je ne panique pas et j’essaie de prendre toutes les précautions nécessaires quand je dois aller au supermarché, à la pharmacie etc… Enfin, je pense que le monde est tombé malade et que s’il n’y a pas de changement radical dans la façon dont nous vivons, mangeons, travaillons, consommons, le monde entier restera “Doentes” (malade).”

Propos recueillis par Marie Chéreau. 

Le quotidien imagé de Camila

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