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(Dé)confinés du monde : A nous, Nada, Justine, Marie…Sans Frontières

“Seule l’histoire n’a pas de fin”, écrivait Charles Baudelaire et en ce jour de déconfinement français, nous tirons notre révérence. Après 44 jours ponctués de rencontres inédites de part et d’autre du globe terrestre, nous clôturons notre rubrique “confinés du monde” par trois derniers témoignages. Les nôtres. Place à ce 45ème jour, sous le signe des adieux… 

“Je m’appelle Nada Abou el Amaim, j’ai 20 ans et je suis étudiante en école de journalisme à Paris.

Le confinement est tombé au moment où j’avais beaucoup d’examens et de dossiers à rendre. Alors, je l’ai tout de suite vu comme une opportunité pour prendre le temps de travailler. J’ai aussi eu la chance de trouver un stage à distance pour m’occuper pendant toute cette période.

Cette série de témoignages m’a beaucoup appris sur la politique et la culture des pays du monde.  J’ai eu l’impression de redécouvrir le monde, et chaque jour, un nouveau pays. Même si cela n’a pas été une révélation, j’ai aussi compris que le confinement pouvait être très différent selon que l’on vive dans une banlieue résidentielle ou un bidonville, un vaste loft ou un petit appartement…Il peut aussi être un cauchemar pour ceux qui subissent des violences au sein de leur foyer. 

Je suis ravie d’avoir participé à ce recueil de témoignages avec Marie et Justine. C’est vrai qu’il y avait plein d’autres pays, comme la Chine par exemple, sur lequel on aurait voulu publier, mais je suis aussi très fière que l’on ait tenu le fil jusqu’au bout.

En traversant le monde grâce aux témoignages de nos confinés (ou déconfinés), j’ai pu admirer leurs singularités.  À chacun son mode de confinement, à chacun ses différences, à chacun ses habitudes et ses passions, et à chacun ses rêves. Je pense que le déconfinement ne sera pas un retour à la normale mais plutôt une occasion unique de réinventer nos systèmes et de réviser nos valeurs.”

“Je m’appelle Justine Lenormand, j’ai 22 ans et je suis étudiante en journalisme à Paris. Cette crise du covid-19 est inédite pour toutes et tous et il a rapidement fallu s’adapter. Personnellement, j’ai tout de suite vu le bon côté des choses. Mon rythme de vie en temps normal se résume à 4 mots : transports, école, stage, job étudiant. Une vie bien rythmée je vous l’accorde.

Le confinement est donc tombé à un moment où rester chez moi était une sacrée bonne nouvelle. Cela me permettait de consacrer du temps à des choses que je n’avais pas le temps de faire avant, je me suis donc réjouis au début…

Un mois s’est écoulé, et je continuais d’étudier mais j’avais désormais le temps de lire. Les jours ensoleillés du mois d’avril m’ont permis de découvrir l’histoire des Indes, grâce au livre “Cette nuit la liberté” de Dominique Lapierre et Larry Collins.

J’ai eu désormais le temps de profiter de ma famille à distance grâce à des rendez-vous quotidiens pour faire du sport tous ensemble.

J’ai aussi et surtout profité de ce confinement pour commencer à apprendre l’arabe littéraire, chose que je n’aurais jamais pu faire avant, manque de temps.

Un mois et demi, et le temps se fait long. Cette vie si rythmée me manque, mais je respecte le confinement, trop agacée par ceux qui ne le respectent pas d’ailleurs et surtout par solidarité pour tous ceux qui sont en première ligne dans ce combat. 

Très rapidement l’idée de publier des témoignages venant du monde entier face à ce Coronavirus surgit dans mon esprit et celui de mes acolytes Marie Chéreau et Nada Abou El Amaim. Quelle leçon de vie ! Chaque jour, tenter d’avoir le témoignage d’un confiné du bout du monde, le lire, être touchée, le partager… Voici ce que je retiens de ce confinement finalement. Le partage.

Il est l’heure du déconfinement mais pas pour moi, enfin presque. L’école ne reprendra pas et mes partiels, ces prochains jours, auront lieu dans ma chambre. Mais mon job de vendeuse  lui, s’apprête à redémarrer. Formation aux gestes barrières, mise à disposition de protections, je vais devoir reprendre le chemin du centre commercial très rapidement malgré l’appréhension. Le maitre mot des prochains mois sera, responsabilisation. J’espère que tous allons prendre nos responsabilités pour réduire l’impact du Covid-19 pour s’en débarrasser au plus vite.”

“Je m’appelle Marie Chéreau, j’ai 22 ans et je suis étudiante en journalisme à Paris. J’ai été confinée 60 jours à Vichy, en Auvergne. 

Aujourd’hui, je me suis réveillée la tête à l’envers, comme si mon corps rejetait l’idée de ce moment de rupture. Vous parliez de “Guerre” monsieur Macron, la libération made in 2020, porte-t-elle le nom de “déconfinement” ? En 1945, croyez-vous que mes ancêtres ressentaient le même sentiment d’incertitude ? Car finalement, il y a 75 ans, les femmes, les hommes s’embrassaient et embrasaient les rues de leur victoire… Et nous ? Visages masqués, méfiance dans les yeux, l’ennemi invisible demeure invaincu. 2020 prendra désormais sa place dans les livres d’histoire entre la grande guerre, la crise de Cuba ou encore la tête coupée de Louis XVI. Mais à chaque évènement historique son dénouement, quel sera celui de cette crise du Covid-19 ?… 

Depuis 60 jours, j’invente et réinvente différents scénarios de ce “monde d’après”. Souvent, je m’égare dans l’utopie et parfois dans le drame. Et sur les mots du rappeur Scylla, “Ah l’avenir sera sombre paraît-il / Plein de danger mais c’est bon là, arrêtez”, je me remémore hier et j’imagine demain. 

Lundi 16 mars 2020, dernière journée teintée de normalité. Paris, du soleil, mon balcon, des fraises, du champagne et du chocolat. Je n’avais pas cours. Et notre France, consciente de vivre ces derniers instants d’effervescence s’en donnait à coeur joie. Moi aussi. A 20 heures, notre président parlerait. Et malgré notre sentiment d’”invincibilité” très français, nous savions le confinement proche. Masquée et mon chat sur le dos, j’ai sauté dans un train, destination ma “Zone libre”, Vichy… Loin de l’époque du Général Pétain, l’histoire s’écrit et les symboles ont une deuxième chance. Vichy devenait mon refuge auprès de mon petit frère et de mes parents, médecins qui venaient épisodiquement  puiser un peu de réconfort avant de repartir sur le front. 

Les jours se sont déroulés et j’ai décidé de ne plus les dater. Mon féminisme à l’épreuve, je me suis remise aux fourneaux… Mais quel plaisir de retrouver une maison où le frigo est toujours plein ! Loin de mes trois pâtes d’étudiante et de mes yaourts périmés, je me suis imaginée un instant en Cyril Lignac. Et j’ai développé mes trois plus belles histoires d’amour. Avec mon chat bien sûr, Mamour, une romance loin de s’essouffler qui dure depuis déjà 4 ans, avec mon ordinateur dans le rôle du confident. Sans oublier le plus important sans qui les deux autres amours seraient difficiles à vivre : mon petit-frère, qui en plus d’être un agile dresseur de fauve et un technicien informatique hors-pair, a été le soleil de ces 60 jours confinés. De son lance-flamme artisanal, à son flow de blagues incroyables en passant par ses pâtes carbonara, il a partagé avec moi ses derniers instants dans l’enfance. Dans quelques mois, il sera le dernier à quitter notre nid vichyssois, sans même avoir passé son bac pour prendre conscience de l’étape décisive qui arrive. Et ce n’est pas le coronavirus qui lui volera son rêve d’enfant, il s’engagera pour sauver des vies. A l’image de nos parents, des soignants du monde entier, nos  courageux héros anonymes. 

« Je n’sais pas c’qui arrivera de bon ou de maléfique / Mais je sais qu’en cet instant le monde est à mes pieds », pressent  Scylla. Deux mois à contempler le monde tourner au ralenti. Et alors que je ressentais une colère profonde d’être arrachée à mes projets, Justine a eu une idée qui a teinté mon confinement d’une nouvelle couleur. A partir de Sukedana à Bali, nous sommes parties -virtuellement- à la rencontre de nos confinés du monde. Le Covid-19 voulait nous imposer des frontières ? Toutes les trois, nous allions les dépasser et c’est en partageant nos histoires que la fraternité et l’humanité de tous, se répondraient en échos dans le but ultime de vaincre ce putain de virus. 

44 pays du monde, 44 histoires de vies. Un merveilleux voyage sociologique, un véritable exercice de géopolitique. Et une révélation : celle de ce genre de journalisme. De terrain, proche des gens, et de la réalité. Une unique consigne : donner à tous l’opportunité de faire entendre sa voix. 

Lundi 11 mai, l’heure est à la responsabilité. Notre combat n’est pas fini. Et en l’honneur de toutes les vies envolées, je vivrai, masquée mais je vivrai en grand. Je chérirai la responsabilité collective, la tolérance, et notre liberté. Et tels mes brownies au chocolat, je croquerai chaque minute de vie, avec l’espoir et la détermination de bâtir à mon échelle, un monde meilleur.”

2 commentaires

  • GARCIA Pilar

    BRAVO beaux messages… Bel enthousiasme les filles !
    Justine, tu n’oublieras pas de montrer ton beau travail de montage vidéo!!
    Des bisous

  • Letouzé

    Bonjour à toutes les trois, merci pour ce témoignage à trois voix qui nous montre une nouvelle fois tout le talent qui est en vous. Merci pour ce voyage virtuel et tous ces témoignages. Gardez cette ouverture en vous et à bientôt j’espère. Jean-Luc Letouzé

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