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Et le diable s’habille en Natacha Polony

Agrégée de lettres modernes, elle entre en 2002 au magazine Marianne et se spécialise dans les questions éducatives et sociétales. Après un passage au Figaro, à Europe 1 et dans plusieurs programmes télévisés , On n’est pas Couché, le Grand Journal ou encore Polonium sur Paris Première, en 2018, elle fait son grand retour à Marianne dont elle s’empare des rênes. Rencontre. 

© Marianne

 J’ai grandi avec le livre Le Diable s’habille en Prada” de Lauren Weisberger. Plus connu par l’adaptation cinématographique de David Frankel avec le célèbre face-à-face Anne Hathaway, stagiaire, et le Diable, Mery Streep, rédactrice en chef, caractérielle et influente, de Runway allégorie du monstre de la mode “Vogue”. A chaque baisse de moral, je relis le livre ou je regarde le film. Technique imparable contre le spleen ! 

Loin des strass, des sacs Gucci et des chaussures Jimmy Choo, mon Diable a une autre envergure. Elle coordonne et surtout inspire Marianne de ses idées et de sa vision du monde et des autres. Son magnétisme envoute les journalistes dans son axe de pensées. Loin des productions hollywoodiennes, ce n’est pas le branle-bas de combat lorsqu’elle débarque. Oubliez la scène du film où l’héroïne, la jeune stagiaire, Andy, court disposer les magazines et les cafés sur le bureau de sa patronne avant de l’attendre au garde à vous. Le diable à la française arrive sans bruit. Mais dès qu’elle est là, tout le monde le sait. 

Son aura envahit l’Open-Space. Grande et élancée, rousse au cheveux courts, le teint diaphane et parfait, la lumière semble continuellement posée sur elle. Le Diable paraît intouchable. Elle a même un côté Sharon Stone dans Basic instinct, sans la robe moulante. Mais la même attitude impassible avec cette lueur de défi dans les yeux. Naturelle, peu de maquillage, elle est toujours vêtue à la pointe de la mode sans être tape-à-l’oeil. Elle est fière d’être femme. Mais surtout, elle ne ressent même pas le besoin de le revendiquer. Le diable est sûr de lui. 

“Le sujet est très Marianne”

A chaque réunion, c’est elle qui mène le jeu avec agilité et intelligence. Elle est Marianne ou Marianne, c’est elle ? Le Diable écoute son équipe de journalistes débattre et à chaque fois, tranche dans la discussion sans aucune hésitation. Le sujet est très Marianne”, dit-elle à chaque fois qu’elle approuve une idée. “Au travail et bonne journée !” conclut-elle avec sympathie chaque jour. Et elle tourne les talons à la conquête de nouvelles rencontres, idées politiques et pensées sociales. Le Diable appartient à un autre monde.  

Juillet 2019, deuxième jour de canicule, la climatisation est défaillante dans une partie du bâtiment. Coup du sort, dans l’open-space, tout fonctionne bien et on se gèle ! Un jeune ouvrier vient effectuer les réparations. Il tombe nez à nez avec Le Diable. Il n’a jamais entendu parler d’elle, ça se voit. Pas de star système chez la patronne. Simplement, elle l’écoute et l’accompagne dans le local technique. Ce n’est pas Meryl Streep qui aurait fait ça ! 

Elle m’intrigue. Et je l’admire comme une petite fille devant Cendrillon. J’ai tout lu de ce qu’elle a écrit ou sur elle, ses idées et même sa vie privée. Et pourtant, elle dégage un mystère indéchiffrable… Un matin, elle débarque avec son fils ainé et un gros sac rempli de Chouquettes. “J’ai apporté le petit déj’ !”, annonce-t-elle. Elle passe à chaque bureau offrir un chou et un “bonjour” droit dans les yeux. L’instant dure 5 secondes mais je suis électrisée par ce regard. Tous sont subjugués. Est-ce là le péché ? 

Son répertoire ? Des chants révolutionnaires et libertaires, bien sûr !

Elle est inqualifiable. Sous ses airs de penseuse “souverainiste”, elle respire la liberté et le rock and roll.  Je l’imagine fumer sur du Pink Floyd, s’étourdir d’alcool sur Les Stones puis pleurer sur du Johnny Hallyday. Et ce n’est pas parce qu’elle a fait Sciences Po, qu’elle a écrit des livres et que sa pensée est presque devenue une idéologie sociale, qu’elle ne met pas des mini-shorts en cuir ! 

Le diable chante aussi. Lors de la dernière soirée Marianne, le “réseautage” – traduisez saluer un nombre de vieux politiciens, investisseurs et journalistes – très peu pour elle… Elle a fait installer un orchestre de jazz et a chanté toute la soirée. Son timbre chaud rythmait les conversations et très vite, les regards étaient hypnotisés par la nymphe au cheveux de feu. Un spectacle époustouflant. Son répertoire ? Des chants révolutionnaires et libertaires, bien sûr ! Car le Diable a chaque instant rayonne de ses idées souverainistes, plutôt anti-libérales et favorables à la décroissance. 

Tout le monde tombe sous le charme du Diable. Sans exception. Et selon un proverbe arabe: “Le diable n’apparaît qu’à celui qui le craint.” A méditer. 

Marie Chéreau

© Marianne

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