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Léa Lejeune : De Journaliste économique à militante féministe

Il est des rencontres qui changent le cours de votre existence. Cela a été l’oeuvre de Simone De Beauvoir pour Léa Lejeune, journaliste spécialisée  dans l’économie numérique et fondatrice de l’association “Prenons la Une”. Entre militantisme et éthique, elle revient sur son équilibre parfait entre féminisme et journalisme. 

© Twitter – Léa Lejeune

“On ne naît pas femme, on le devient”, extraits de son ouvrage Le deuxième sexe, ces mots de l’immense Simone de Beauvoir traversent les générations avec la même puissance d’inspiration. La journaliste Léa Lejeune ne fait pas exception et c’est à ses 17 ans, après avoir lu cet essai, qu’elle décide elle-aussi de s’engager pour la cause des femmes : J’ai compris que les injustices, que je voyais et que je vivais depuis que j’étais enfant, étaient liées à mon sexe et que la manière de les combattre était d’être féministe.” Au départ, son féminisme s’exprime seulement par de nombreuses lectures car elle considère “la question de l’engagement compliquée lorsque l’on est journaliste”.  Aujourd’hui, elle navigue entre deux eaux, celle de journaliste économique pour le magazine Challenges et son rôle de présidente de Prenons la Une”, association féministe de femmes journalistes oeuvrant pour “une meilleure représentation des femmes dans les médias et l’égalité dans les rédactions”.

“C’est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle; c’est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète”, constatait Simone de Beauvoir.

Léa Lejeune a toujours voulu faire du journalisme. A l’âge de 7 ans, elle crée même son journal pirate, qu’elle écrit seule, photocopie et vend 1 franc dans la cour de récréation. Après une licence de philosophie et un master en journalisme à Science Po Grenoble, elle choisit de se spécialiser dans l’économie. Déjà, il y avait un peu plus de place à prendre, le marché du travail dans le journalisme étant très saturé. Puis, je trouve que l’économie est une grille intéressante pour comprendre le monde et la société”, explique la jeune femme cartésienne, qui trouve que les chiffres légitiment le sérieux d’une spécialité. Léa Lejeune prône une objectivité, aussi difficile soit-elle et reconnait que cela puisse être complexe face à certaines situations, notamment sur un thème comme les inégalités salariales. “C’est inscrit dans la loi depuis les années 80 alors forcément que j’ai une opinion : les entreprises doivent respecter la législation, donc l’égalité salariale.“, démontre-t-elle avant d’assurer qu’elle laisse toujours aux firmes qu’elle incrimine leur droit de réponse. Elle ajoute : “Je veux être sérieuse dans mon travail sans mélanger les genres, c’est pourquoi en créant “Prenons la Une”, je résous ma question d’éthique”. 

“L’humanité est mâle et l’homme définit la femme non en soi mais relativement à lui; elle n’est pas considérée comme un être autonome.”, théorisait le Castor.

Entre 2010 et 2012, lorsqu’elle commence en tant que journaliste freelance, Léa Lejeune signe quelques articles sur les droits des femmes, l’égalité, le féminisme et la sexualité pour les magazines Causette, Têtu ou encore le site Slate. Sur une commande de Claire Alet alors rédactrice en chef d’Alternatives  économiques, elle réalise, il y a cinq ans,, une enquête sur la place des femmes dans les médias et les inégalités dans les rédactions. Face au “no women’s land”, les deux femmes décident donc de créer leur propre collectif “Prenons la Une”, transformé aujourd’hui en association. “Nous prenons la parole que sur les sujets qui touchent aux femmes et aux médias, cela me permet d’avoir l’impression de rester toujours extérieure aux autres débats féministes sur lesquels je peux à l’occasion écrire”, précise-t-elle, fidèle à sa ligne de conduite. Avec désormais, son ton de militante, elle explique que le journalisme est “aujourd’hui une profession fortement féminisée avec les nouveaux entrants sur le marché du travail qui sont en majorité des femmes. ” Mais un “plafond de verre” persiste, les femmes continuent à récolter les postes précaires et en bas de l’échelle. 

“Dans les deux sexes se jouent les mêmes drames de la chair et de l’esprit, de la finitude et de la transcendance, les deux sont rongés par le temps, guettés par la mort, ils ont un même essentiel besoin de l’autre; ils peuvent tirer de leur liberté la même gloire ; s’il savaient la goûter, ils ne seraient plus tentés de se discuter de fallacieux privilèges; et la fraternité pourrait alors naître entre eux.”, croyait de tout son être Simone De Beauvoir.

Alors peut-on garder espoir pour un monde plus égalitaire, en commençant par celui des médias ? Léa Lejeune observe aujourd’hui de rares évolutions positives, comme par exemple l’augmentation du nombre de femmes expertes dans les médias audiovisuels et principalement à la télévision. “On avait aussi mis en place des outils contre les violences faites aux femmes dans les médias et ils ont été repris par un grand nombre de rédactions en France”, confie la militante qui espère n’être qu’aux prémices d’un vrai changement. Depuis 2019, elle est membre du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes. Rattachée au groupe “sexisme et stéréotype”, elle participe à la rédaction de divers rapports. En ce moment même, elle écrit un avis sur le fait qu’il y ait moins de femmes dans les médias depuis le début du confinement et de la crise sanitaire. “Il faut qu’on trouve une solution pour corriger ce défaut et ne pas le laisser s’installer dans la durée.” revendique Léa Lejeune, “Il faut aider à financer le guide des expertes qui ne l’est plus depuis un certain temps. Puis les journaux de presse écrite pourraient compter le nombre de femmes qui prennent la parole dans leurs pages, les médias audiovisuels le font déjà pour le rapport du CSA.” Sur le chemin de l’égalité, la route est encore longue. Laissons madame De Beauvoir conclure : “La femme libre est seulement en train de naître.” 

Marie Chéreau

Simone De Beauvoir : “La femme libre est seulement en train de naître” © AFP

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