Choc littéraire,  Culture

« Les Fleurs de l’Ombre » ou la prédiction du monde d’après ?

A l’ère du Covid-19, à l’heure où les Européens essaient de redémarrer leur piètre quotidien, à l’arrivée des premières températures caniculaires de l’année, j’ai décidé de m’évader à la lueur des mots de Tatiana de Rosnay : « Les Fleurs de l’ombre ». 9 chapitres, 330 pages et 24 heures hors du temps. Bienvenue en 2034, monde apocalyptique aux troublantes ressemblances du monde d’après… Vers lequel on sombre. 

Les abeilles ont déserté la terre depuis un moment, la Tour Eiffel et le champs-de-Mars ont été détruits par un terrible attentat, l’Europe est démantelée, une femme fachiste est à la tête de la France, les fruits et les légumes n’ont plus aucun goût, les Océans trop pollués sont interdits à la baignade, les littoraux disparaissent sous la montée des eaux, les températures atteignent les 48 degrés et la vie humaine perd de son intérêt. En 2034, des robots dirigent les hôpitaux, les drones s’occupent des courses et les hommes jouissent dans des poupées. L’héroïne, Clarissa Katsef, miroir de l’auteure, est elle aussi écrivaine et franco-anglaise, incapable de trancher entre sa double nationalité et bien affectée par la stupidité du Brexit. Le jour où elle découvre l’infidélité de son mari, Clarissa fuit le domicile conjugal et de fil en aiguille atterrit dans une résidence pour artistes. La pépinière ultra-connectée, bâtie sur les cendres de l’attentat, aussi moderne, confortable et sécuritaire soit-elle, dévoile peu à peu toute son étrangeté. Au fil des jours, la protagoniste s’affaiblit, et son inspiration s’amenuisent. Un tourbillon d’angoisses nait. Les maux succèdent aux mots : Paranoïa ? Dépression ? Ou alors clairvoyance ? Et tels deux anges protecteurs aux destins tragiques, Virginia Woolf et Romain Gary guident ce récit troublant de sensibilité et d’humanité. 

Roman d’anticipation ? Prédiction du monde d’après ? Testament d’une terre malmenée ? L’auteure du best-seller « Elle s’appelait Sarah », nous offre une réflexion sur les limites, les dangers et les dérives de l’intelligence artificielle. Suspense diabolique, écriture fluide et rythmée, fidèle à ses thèmes de prédilection – l’empreinte des lieux et le poids des secrets – on ne sort pas indemne d’une telle lecture. Hors d’haleine, on reconsidère les menaces qui planent sur notre intimité. Sur notre futur. Et sur une note d’espoir, génération 90 oblige, on espère que cette histoire ne restera qu’une incroyable utopie. 

A l’ère des visages masqués, à l’heure où la banquise disparait, à l’arrivée des pandémies décimant les plus faibles… « Des moments comme celui-ci sont des bourgeons sur l’arbre de la vie; ce sont des fleurs de l’ombre », prédit intemporellement Virginia Woolf. A toutes, à tous, à nos responsabilités, pour ce monde d’après. 

Marie Chéreau

Les fleurs de l’ombre – Tatiana de Rosnay – ed. Robert Laffont – 330 pages – 21,50 €

 

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