Enquête,  M6 Green

Contre la solitude, griffe d’espoir entre animaux et étudiants

Aux quatre coins de l’Hexagone, la majorité du million d’étudiants français est aux abois, confrontée à l’enseignement à distance et à l’isolement social. Alors, tous les remèdes sont bons pour recréer du lien : pour certains jeunes, la solution réside entre les pattes de nos amis les bêtes. Actions solidaires auprès de la SPA, adoptions et autres alternatives, tour de France des étudiants qui ont décidé de faire des beaux jours des animaux, l’antidote à leur propre solitude.

 

« Isolés, les étudiants le sont. En ces temps difficiles, le réconfort se niche souvent auprès des animaux. Alors, pourquoi les abandonner ? », interpelle Thiago Sidrao. Yoda, son fidèle bouledogue français, au chaud sur ses genoux, acquiesce d’un aboiement ensommeillé. Mercredi 27 janvier, il est 10 heures. À l’heure du coronavirus, la rencontre se fait par écrans interposés : bienvenue dans l’antre de 20 mètres carrés d’un étudiant brésilien, expatrié dans l’Indre. Loin des siens, depuis la rentrée scolaire, Thiago, qui étudie la gestion des entreprises et des administrations à l’IUT de Châteauroux, suit la totalité de ses cours à distance. L’isolement est devenu son compagnon du quotidien… Enfin, pas tout à fait. Yoda, adopté avant son départ de Rio en septembre,  bondit sur l’ordinateur : « Oui, je ne t’oublie pas. Il passe ses journées allongé contre moi, à quémander des câlins et cela m’apaise tout simplement. » 

Alors qu’une nouvelle loi pour la protection animale est cancanée au Palais Bourbon cette semaine, partout en France, des étudiants rompent leur solitude en déployant diverses actions pour collecter des dons pour la SPA et parfois même en adoptant un des 40.131 animaux résidant actuellement dans un de leur 62 refuges. Dans le champ médiatique, la détresse animale cohabite avec celle des étudiants. Entre délaissés, l’union ne fait-elle pas la force ?

 

Coup d’Patte des étudiants aux SPA régionales 

« Nous avons lancé la vente de tableaux qu’une amoureuse des animaux a légués à la SPA à son décès. », rapporte Thiago, soutenu dans ce projet par trois de ses camarades de classe. Les œuvres d’art, aux enchères sur Le Bon Coin, permettent de récolter des gains à destination de l’amélioration des refuges. Collectes d’alimentation, de jeux, ou encore de matériaux pour rénover les installations, les jeunes font le tour des animaleries de l’Indre. À Bréhand, en Bretagne, Enola, Agnès, Élise et Clarisse, ont livré quant à elles plus de 15 m3 de dons au refuge du Penthièvre, « Nous avions besoin de nous retrouver autour d’une belle cause, nous avons démarché par téléphone des magasins spécialisés. Puis, un camion nous a été prêté par une entreprise locale pour effectuer notre livraison. », explique Élise.

Livraison de denrées alimentaires au refuge du Penthièvre. © Le Penthièvre

 

À Périgeux, un autre « Coup d’Patte » local est lancé par huit étudiants en Techniques de commercialisation. L’équipe a rénové la communication de la SPA de Marsac. « C’est gagnant-gagnant : pour les animaux, car on s’occupe d’eux et cela influe sur notre propre bien-être personnel », témoigne Alexandre, un des membres du projet solidaire étudiant Coup d’Patte. Toutefois, la Covid ne leur permet pas de mener à terme toutes leurs ambitions : ils ont dû faire l’impasse sur le célèbre Canicross annuel de la région, rassemblement d’adeptes de courses à pied et de leurs chiens. « Les étudiants s’engagent parce qu’ils ont plus de temps, qu’ils en ont besoin pour leur équilibre. Notre santé mentale est mise à rude épreuve. », confie, tout en pudeur, Emma.

 

L’adoption : un engagement épineux ?

Parfois, le coup de foudre entre étudiants et bêtes en foudroie quelques-uns… « On a eu de belles adoptions par des étudiants esseulés. », raconte Florian Gibault, soigneur animalier à la SPA de Châtellerault dans la Vienne, « mais avant de sauter le pas, il est de notre devoir de les avertir qu’adopter est une action importante qui se réfléchit à deux fois. » Le soigneur, auteur du recueil de photos Les oubliés, se réjouit que la crise sanitaire ait changé leur manière de procéder, en obligeant notamment les gens à prendre rendez-vous avant de se rendre au refuge : « les échanges et les rencontres entre animaux et adoptants sont devenus plus qualitatifs. » 

Triste record d’Europe, la France détient celui du nombre d’abandons d’animaux, avec près de 100.000 chaque année. L’attrait nouveau des étudiants pour les compagnons à poils inquiète donc les professionnels, craignant un regain des abandons dès que la situation redeviendra potentiellement à la normale. « La compagnie d’un animal est favorable, avec des vertus d’anti-dépresseur. Toutefois, les animaux ne sont ni des objets ni un amusement. Les étudiants délaisseront-ils leurs compagnons à poils, une fois certaines restrictions levées ? », interroge, perplexe, la psychologue Sarah Djaballah.

Nouvelles alternatives et 30 millions d’histoires

Pour échapper à l’engagement, d’autres alternatives ont gagné en popularité durant ces derniers mois chahutés. « Je connaissais des personnes qui promenaient des chiens et pendant le confinement, parce que je n’ai pas d’animaux à la maison, je promenais ceux de mon voisin afin d’avoir une excuse pour sortir. », relate Maeva, étudiante en 3ème année d’économie et gestion à l’UPEC de Paris. Alors que les mesures de confinement, couvre-feu, fermeture de bars et lieux culturels, ont sonné le glas de nombre d’emplois étudiants, la jeune femme a déniché cette alternative pour « se remplir modestement les poches », et surtout, lui permettre « de souffler, que ce soit financièrement ou moralement. » 

Créée à l’été 2019, Mon Bibou est une plateforme de gardes solidaires d’animaux de compagnie entre particuliers. Fanny Bolo, la fondatrice, observe un bond considérable du nombre de bénévoles étudiants depuis le début de la pandémie : « C’est une manière pour les jeunes de se changer les idées. Avec mon Bibou, ils retrouvent le plaisir des animaux sans en avoir les contraintes. ». Une pluie de belles histoires affluent, telle celle d’une vieille dame hospitalisée qui malheureusement ne rentrera jamais chez elle. « L’étudiante-nounou a adopté le chien, lui évitant ainsi l’abandon ou l’euthanasie. Et c’est une belle idylle loin d’être rompue… », se réjouit Fanny. Trente millions d’histoires, trente millions d’amours. Quels que soient leurs espèces, leurs races ou leurs caractères, nos amis les bêtes n’ont pas fini d’en faire voir de toutes les couleurs aux étudiants… À bon chat, bon rat !

Des manifestants devant le tribunal correctionnel de Marseille, demandent une peine «exemplaire» pour le tortionnaire d’un chat. (Février 2014) Photo Anne-Christine Poujoulat via AFP

 

“Réveiller des consciences, c’est bien, appliquer des mesures concrètes, c’est mieux !”

Cette semaine, l’Assemblée nationale étudie la proposition de loi pour lutter contre la maltraitance animale. Cette dernière a pour objectif de limiter les abandons des animaux de compagnie en apportant de nouvelles restrictions dans les démarches d’adoptions, jugées trop souples. Parmi son catalogue de propositions, figure notamment la création d’un certificat de sensibilisation dans le but d’informer les propriétaires sur les soins, les coûts et plus globalement sur l’importante responsabilité qu’exige un animal de compagnie. “Créer des lois pour faire plaisir à ceux qui se battent pour la protection animale, réveiller des consciences, c’est bien, appliquer des mesures concrètes, c’est mieux.”, réagit  Florian Gibault, soigneur animalier depuis sept ans à la SPA de Châtellerault dans la Vienne, “Aujourd’hui même avec des preuves de maltraitance, vidéos et photos à l’appui, la sanction est souvent minimisée, se cantonnant à l’interdiction pour l’auteur des faits d’avoir un animal pendant cinq ans. C’est oral, il n’y a rien de numérique, si l’auteur change de département, la sanction ne le suivra même pas.”, se désole l‘homme de terrain qui appelle à la mise en place de mesures concrètes tel un répertoire national recensant les personnes maltraitantes envers les animaux.  Rappelons que cette proposition de loi prévoit de passer les peines de maltraitances animales de 3 à 5 ans d’emprisonnement et de 35.000 à 75.000 euros d’amende. Qui s’y frotte, s’y pique…

 

 

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